Flore Vasseur Blog
OWS : pulsion de vie contre système mortifère

Marianne et le Magazine littéraire se sont associés pour lancer un hors série sur la Liberté « De Platon aux indignés, on a toujours une bonne raison de se révolter”. J’ai contribué à ce numéro. Voici mon texte :

Le 17 septembre 2011, une poignée de citoyens se sont retrouvés sous le Charging Bull de Wall Street, un taureau de bronze trois tonnes, posé en pleine rue, à deux blocs de Wall Street. Ils avaient répondu à l’opération « Occupy Wall Street », l’appel à la désobéissance civile lancée par le Magazine Adbusters et le collectif de Hackers Anonymous. C’était un samedi, maussade d’ailleurs. Dénoncer un système d’aliénation imposé par un capitalisme fou géré par une élite dépassée : est-ce possible ?

De 100, ils étaient près de mille à la fin de la journée, la rumeur se répandant dans Manhattan qu’il se passait quelque chose. Ce n’était qu’une goutte d’eau dans un océan d’indifférence. En quelques semaines, quelques deux mille villes ont vu bourgeonner ces « cités de tentes » et ces mers de cartons de fortune. La parole peut-elle triompher du chiffre qui écrase tout ?

Fox, CNN, le New York Times ont fini par s’y intéresser. Ils ont braqué caméras et stylos sur des jeunes en dreadlocks (si possible accompagnés de chien), des hippies à colliers de fleurs, des excités du grand soir. Les « bons clients » d’une presse à la solde du dogme. Ils ont évité la flopée d’étudiants, d’avocats, de professeurs, de retraités. Moqueurs, ils ont déroulé l’argument : voyez, ce mouvement est désorganisé, sans leader, sans revendication donc sans avenir. Ils ont refait le coup : quand on ne comprend pas quelque chose, dire qu’il n’y a rien à comprendre. C’est commode, surtout si on a tout à perdre. L’indignation est devenue un concept marketing. Faut-il pour autant mépriser tous ceux qui doutent ? En parlant des événements sanglants cet été en Syrie, Thérèse Delpech (ndlr : décédée la semaine dernière) a écrit : « les dictatures tomberont le jour où les populations choisiront leur dignité plutôt que leur vie ». Toutes les dictatures. La neige arrive à New York. Le campement de Zuccotti Park maintes fois démantelé dénonce la collusion et résiste au cynisme. Mais passera-t-il l’hiver ?

Ce mouvement est sans leader, sans parti. Il accueille tout et tout le monde. C’est la première marque de résistance contre un système dans lequel on existe que si l’on entre dans une case. Il se veut aussi insaisissable pour ne jamais être cassé. Il a une exigence (la non violence), un mot d’ordre (la transparence), ses outils (les réseaux sociaux, l’occupation physique). Il est puissant car il offre un cadre devenu caisse de résonnance pour toutes les contestations. Wall Street, la collusion de la finance, des marques, des media et du politique n’a pas un effet catégoriel mais systémique. Et c’est l’emprise de ce système-là qui est précisément dénoncée. Le point commun de toutes ces revendications : être portées par tous ceux qui en sont « victimes », les 99% dominés par les 1%.

Occupy Wall Street, c’est le pire cauchemar des plutocrates. Ils ont divisé le mécontentement en autant de revendications catégorielles. A force, elles se sont toutes annulées. Occupy Wall Street c’est la fin d’un paradigme : les 99% cessent de se vivre en ennemi. Nous sommes tous des 99% tétanisés par l’angoisse de perdre un peu plus. L’argent rend fou, la crise aussi. Chacun va s’accrocher à sa parcelle de terre, de travail, d’air vital. Ceux qui dorment à Zuccotti Park n’ont plus peur du déclassement ni de perdre. Eduqués, hyper connectés, ils veulent la vérité. On les marginalise. Le système a ses raisons : ils représentent l’anti société de loisir, vomissent la société du spectacle à force de l’avoir trop consommé. Ils sont dangereux. Le système en fera des terroristes. Ils sont pourtant les enfants du dernier rêve de l’Amérique : Barack Obama. En contribuant à son élection (sur Internet, dans les écoles, sur les parkings de supermarchés), ils ont vécu leur baptême de citoyen, un baptême du feu : écoeurés par un « Yes we can » de pacotille, ils ont appris vite : dans ce pays / ce système où tout s’achète, ils n’auront jamais les moyens de se payer leur candidat. Reste la rue, la solidarité et les réseaux… Reste la vie.

Occupy Wall Street est peut-être manipulé, instrumentalisé, immature. Mais c’est une formidable force de vie portée par une jeunesse que l’on méprise. Une formidable pulsion de vie contre la pulsion de mort démentielle dans laquelle nous sommes tous engagés. C’est probablement ce qui dérange le plus.

TEDGlobal : lumière dans la nuit 2011 ?

Voici mon reportage sur la conférence TEDGlobal de juillet dernier à Edimbourg*

Krach boursier à l’automne, désintégration de l’Europe à l’automne, mort de l’Euro en janvier ? Au cœur de ce second semestre de tous les dangers, dans l’océan noir des mauvaises nouvelles, il y avait une pépite. Pour la trouver, il fallait chercher des châteaux du VIIème siècle, des volcans endormis, vêtir le kilt et tenter de se faire comprendre par une population à l’accent impossible. Il fallait viser Edinbourg en Ecosse et la conférence TEDGlobal, le dernier endroit où s’enthousiasmer sur l’avenir du monde est encore possible.

Pendant cinq jours, soixante-dix intervenants (chercheurs, biologistes, entrepreneurs, artistes), se sont succédés pour dix-huit minutes de présentation chacune calibrée pour toucher au cœur et au cerveau un public de mordus d’innovation. Ils étaient huit cent cinquante, fraichement débarqués des cinq continents, à avoir déboursé quatre mille euros pour une bien trop courte semaine de safari mental et émotionnel hors norme. Ils parcourent le monde à la recherche d’un marché. A Edinbourg, bardés de tous leurs succès (ils sont patrons, créateurs, politique) ils ont cru participer à une chasse aux idées. Mais cette année, il y avait à cette conférence pour humanité exaltée un souffle qu’on ne lui connaissait pas encore. Contexte aidant, elle s’est transformée en questionnement sur la finalité de la technique, de l’action, voire de l’existence. Thème de l’année « The Stuff of life », les choses de la vie, sa beauté, sa fragilité, sa cruauté, ses possibilités. On a connu investissement moins productif.

Pour les cyniques et les jaloux, TED est une clique d’initiés tous membres de l’international des winners devant l’éternel. Lancée en 1984 en Californie, TED a d’ailleurs longtemps été le secret le mieux gardé de la Silicon Valley. Entrepreneurs du Net, producteurs de Hollywood et agités du design se retrouvaient chaque année à Monterey, station balnéaire croquignolette de la US1, pour partager leurs idées. Le fondateur de TED, le bouillonnant Richard Saul Wurman, était convaincu que ces trois industries - la technologie, le divertissement et le design – allaient converger. Feu Steve Jobs a inauguré les plâtres. Une révolution, celle des technologies grand public avait trouvé son théâtre. Elle pouvait démarrer.

Pendant près de 20 ans, TED est resté un club ultra fermé de fous de techno. Sur scène, les geeks avaient enfin la parole devant un parterre médusé qui réunissait le gratin de Palo Alto. Les fondateurs de Yahoo, de Google, d’Amazon, les patrons de Microsoft étaient - et sont toujours pour la plupart - des habitués. Ils venaient chercher la perle rare, le projet de demain, leurs meilleures idées, un supplément d’âme. Bien que parlant de tout, de la malaria aux trous noirs en passant par la peinture du XVIIème, TED restait très consanguin. Les idées se recyclaient en circuit fermé. Chris Anderson, un entrepreneur des media (il a fondé Future Publishing qui éditait notamment l’excellent magazine de technologie Business2.0), découvre TED en 1997. C’est le début d’une incroyable aventure. En 2002, il cède son groupe de presse puis convainc le fondateur de TED de lui vendre l’organisation non lucrative. L’équipe s’étoffe. Bruno Giussani, journaliste italo-suisse polyglotte et insatiable, devient patron pour l’Europe. Il voulait embrasser le monde, il va le faire pour TED qui sort de son écrin, s’ouvre et révolutionne l’accès et la diffusion des idées.

En dix ans, TED troque son existence ronronnante de mono conférence annuelle, très « Amérique dents blanches », contre celui de plateforme multilingue d’identification et de diffusion des meilleures idées. Aujourd’hui TED c’est deux rendez-vous annuels, des milliers de conférences organisées sous licence libre et spontanément par des fans de TED (les conference TedX, dont le très remarqué TEDx Paris, mais aussi TEDx Ramallah, TEDx Beijing, TEDx Dubai etc…). C’est aussi des milliers d’interventions en accès gratuit sur le site ted.com et traduites en 82 langues par 6000 volontaires, 500 millions de visiteurs et un Prix annuel complètement barré : en guise de récompense, le gagnant doit faire un « vœu pour l’humanité », vœu qu’il a un an pour mettre en place, avec les membres de la « communauté » TED. Bill Clinton, l’épidémiologiste bien nommé Larry Brillant, l’architecte humanitaire Cameron Sinclair, le chef cuisinier Jamie Oliver, l’océanographe Sylvia Earle s’y sont collés. Cette année, l’artiste français JR, qui rhabille les villes du monde avec des photos monstres collées à même les murs, planche (voir interview plus bas) à son tour.


Qu’il s’agisse de neuroscience, de faim dans le monde, de climat ou d’extrémisme, les « TedSpeakers » ont raconté leur découverte comme autant de combats. Monter sur scène devant l’une des auditoires les plus exigeants au monde est l’expérience d’une vie. La sanction : des applaudissements polis. La consécration : une standing ovation, prélude à un carton plein sur le site ted.com qui publie l’intégralité des interventions, gratuitement et dans la plupart des langues. Cela s’appelle un « Ted Moment ».

Et cette année, TEDGlobal en a connu beaucoup. La conférence a eu ses rocks stars, comme le pianiste Balezs Havasi, la chanteuse Imogen Heap, l’historien Niall Ferguson, le philosophe Alain de Botton, l’inclassable Malcom Gladwell. Elle a eu ses allumés, comme Yves Rossy, alias Jet Man : l’homme vole comme un oiseau, à 300 km/h avec sa tête comme gouvernail. L’artiste Jae Phin Lee a débarquée sur scène telle un Schtroumph noir. Elle avait vêtu son costume mortuaire à base de mycélium, pièce maitresse de son œuvre, « infinite burial » : Jae Phin Lee cultive des champignons qui grignoteront et ainsi recycleront son corps le jour où la vie l’aura quitté. A son habitude, la conférence a rempli son rôle de défricheur d’innovations de rupture : Justin Hill Tipping, veut nous délivrer de la troïka infernale pétrole-nucléaire-charbon avec la nano énergie. A force de souiller ses mains dans la gestion des déchets, Michael Biddle recycle l’impossible : la plastique.

Plus étonnamment, TED, ce chantre de la technologie a surtout multiplié les occasions de mise en garde sur le pouvoir de… la technologie. De l’emprise des algorithmes sur le réel à la capacité de nuisance des hackers, nous rend-t-elle réellement plus libres, plus forts ou même pérennes ? Notre fascination n’est-elle par le signe d’un un énorme évitement ? Internet, sa puissance et sa vulnérabilité sont revenues comme un fil rouge. D’après Bruno Giussani, le patron de TED Europe qui orchestre TEDGlobal : « nous sommes entrain de vivre une expérimentation sociale inédite : qu’est-ce que cela veut dire d’appartenir à un monde dans lequel vous avez des tonnes d’information gratuitement et la possibilité de vous connecter à n’importe qui à n’importe quel moment? Comment s’assurer que cela évolue dans le sens des internautes et non des gouvernements ou des entreprises.

Loin de sa réputation d’ayatollah du progrès technique, TEDGlobal a mis en avant notre impuissance, nos accomodements. L’idée de fragilité, d’erreur, était partout : les interventions les plus fortes sont venues d’individus ayant osé plonger dans les entrailles de l’âme humaine, la barbarie, la peur de l’autre ou de la mort. Jeremy Gilley a convaincu l’ONU, les gouvernements et les chefs de guerre de ne plus toucher les armes, un jour par an. C’est Peace One Day (le 21 septembre). Son trophée ? Une lettre signée d’un chef Taliban. Nadia Al-Sakkaf, trentenaire en acier trempé, est devenue rédactrice en chef du Yemen Times à la mort de son prédécesseur. C’était son père. Elle joue sa vie pour que chaque jour, on sache un peu, même un tout petit peu ce qui se passe au Yemen. L’indien Sanjit Bunker Roy a tout plaqué, famille, éducation, richesse, carrière de diplomate, pour vivre avec les plus démunis. Il a crée le Barefoot College dans lequel on accepte tout le monde sauf les diplômés. Ses étudiants à haut potentiel ? Les grand-mères. Barefoot College forme des architectes, des ingénieurs spécialistes en panneaux solaires et même des dentistes dans 37 pays. Talents et développement poussent de manière organique, à la barbe de la Banque Mondiale, de ses consultants et de ses dollars inutiles. Deux médecins, Abraham Verghese et Pauline Chen, sont venus raconter combien la quête d’efficacité avait tué la médecine et le rapport au patient que l’on n’interroge, ni ne touche plus. A l’université, ils ont été formés pour accompagner des mourants. Dans la vraie vie, ils ont reconnu avoir longtemps fui leur dernier souffle. Il y avait des papiers à remplir, un autre patient à soulager, la mort surtout à fuir. Malheureux, ils ont appris à ne plus à rester jusqu’au bout, la main sur le bras du patient, avec la famille. Qu’est-ce que le courage ? Etre dans la vie ? Un interlude musical devait permettre à l’assistance de se remettre. Asaf Avidan a débarqué, guitare en bandouillère. Sa « reckoning song », sur le temps qui passe et dont on ne fait rien, a achevé tout le monde. C’était mon TED Moment.

Technologie en furie, philosophe survolté ou artiste recueilli… ce qui ce passe sur scène n’est qu’une petite partie de ce qu’apporte et permet TED. Ici, à peu près tout le monde a quelque chose à dire, surtout depuis que l’organisation a cassé le moule du participant forcément masculin, occidental, cadre dynamique dans une start-up pleine d’avenir. Le programme TED Fellows détecte les talents où ils se trouvent (des réalisateurs, entrepreneurs, éducateurs, en Afrique, au Moyen Orient, en Amérique du Sud). Elle leur offre tout ce qu’est TED - sa conférence, son réseau, sa plateforme, son audience - sur un plateau. A TEDGlobal, ce sont eux les vraies stars. Ils représentent la relève. Et leur présence change tout.

Cette année, il fallait mieux arriver à TEDGlobal en forme. Sinon, tant de noirceur, d’enthousiasme et de bonne volonté assommaient. Le spectacle, la discussion, était sur scène, dans les couloirs, dans les fêtes, de la file d’attente des taxis à l’aéroport à l’arrière du bus qui ramenait à l’hôtel, tard dans la nuit. TED c’est une sorte d’énorme speed dating des idées, interrompue par quelques heures de sommeil finalement assez frustrantes. On se fait peur, on rit et pleure. Même la ville, plus habituée au public paisible des festivaliers, semblait prise d’assaut. Dans les conversations, avec un patron de hedge fund australien, un magnat de la pop anglaise, une éducatrice jordanienne, une phrase revenait sans cesse « j’adore venir ici car je trouve enfin des personnes qui pensent comme moi ». Cela sonnait comme un aveu, un soulagement. A TEDGlobal, il y a beaucoup de talent, peu de certitudes, des passions et une volonté de faire à réveiller les volcans.

Mais s’ouvrir aux idées des autres ne laisse jamais indemne. TEDGlobal n’est pas une conférence sur la technologie ni même sur les idées. C’est une semaine sur l’engagement vis-à-vis de soi-même. Le monde brûle. Oubliez l’or, les terres arables, le Franc Suisse. La valeur refuge, c’est l’humain. L’innovation de rupture : sa résilience.

Pour retrouver les interventions en ligne : ted.com

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Les meilleures phrases de TEDGlobal :

  • Richard Wilkinson, sur les effets induits par les sociétés inégalitaires : « si vous voulez vivre le rêve américain, allez au Danemark »
  • Kevin Slavin, sur l’emprise de la finance : « Wall Street écrit des algorithmes dont les effets sont si rapides que l’on n’arrive même plus à les lire ».
  • Rory Stewart, militaire, diplomate, humanitaire, auteur (« En Afghanistan », Albin Michel) et finalement parlementaire anglais d’une petite quarantaine d’année, sur l’intervention militaire en Afghanistan (qu’il a vécu de l’intérieur) : « dans le langage militaire, dire « échouer n’est pas une option » veut dire « échouer est inévitable » »
  • Nadia Al-Sakkaf, rédactrice en chef du Yemen Times, sur le fait d’avoir grandi entre deux cultures : « Mon père m’a dit un jour ‘tu es un pont’. Et je dois bien admettre que, avec mon travail, pas mal de personnes m’ont marché dessus ».
  • Tim Harford, sur notre incapacité à anticiper ce qui vient : « il faut se débarrasser du complexe de Dieu, cette conviction d’avoir la solution à la complexité du monde. Ce qui compte, c’est l’adaptabilité, le processus tentative-echec. Aujourd’hui, il faut voter pour les personnes qui osent dire qu’elles n’ont pas la solution »

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La musique à TEDGlobal

Les soixante-dix interventions sont entrecoupées d’interludes musicaux. On croit faire une pause, on explore encore et encore avec notamment :

- Asaf Avidan and the Mojos : Reckoning à écouter sur Deezer.

- Somi : « If the rain comes first »

- Tout Imogen Heap, artiste membre du circuit très fermé de ceux qui conseille TED sur les idées.

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Les livres à TedGlobal La librairie de la conférence est achalandée par des livres recommandés par une poignée de participants. Entre les livres pakistanais sur le 11 septembre et le dernier best seller sur l’économie verte, il fallait lire :

- tout Nial Fergusson

- Daemon, de Daniel Suarez, le cyber-thriller paru en 2009 et qui depuis fait faire des cauchemars à toute la Silicon Valley. Il est publié en France au Fleuve Noir

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Interview de l’artiste JR, qui a remporté le TEDPRize 2011

Avant de recevoir le prix, connaissiez-vous TED ?

Quand je les ai eus au téléphone la première fois, je n’ai rien compris. Je ne savais pas du tout qui ils étaient, ce qu’était TED. Du coup, je leur ai posé plein de questions, sur leur financement, leur rapport à leurs sponsors. En fait je les ai interviewés pendant 40 minutes alors qu’en fait, initialement, c’était eux qui me faisaient passer un entretien, avant de me décerner le TedPrize. Le vainqueur reçoit 100 000 dollars et la possibilité de faire un « vœux pour le monde ».

Pour vous, comment cela s’est-il passé ?

Je me suis pris la tête sur cette histoire de vœux. Pendant des semaines, je me suis dit que je n’aurais pas du accepter. Je ne veux pas avoir une étiquette d’humanitaire, ce n’est pas moi. Moi je fais de l’art. Donc je réfléchis à cette histoire de vœux, de projet à faire avec TED et toutes les personnes qui gravitent autour, et je sais que l’idée c’est qu’il se propage le plus possible. Et puis là, le 1er janvier, j’ai l’idée : je vais être imprimeur.

Votre TED Wish c’est le projet « Inside out »

L’idée c’est de définir un cadre et de laisser les gens s’approprier totalement l’idée. Ils réalisent le portrait de qui ils veulent, mais comme j’essaie de les réaliser moi (noir et blanc, plan resserré). Ils y associent une phrase. Ils m’envoient le tout par Internet. S’ils peuvent, ils donnent 20 euros. S’ils ne peuvent pas, cela ne change rien : on imprime leur portrait en grand format, sous forme d’affiche prête à coller, qu’on renvoie à leur adresse, avec un kit de colle. Les gens vont coller eux-mêmes, quand et où ils veulent.

Du coup, vous intervenez peu…

Nous, on donne juste le cadre et les règles. En une semaine, on a reçu 10 000 photos ! La communication du projet se fait uniquement par le fait qu’il existe. Je n’ai plus rien à voir avec le projet. Je vais dans des rues et je tombe sur des photos comme les miennes mais pas signées par moi. C’est peu commun pour un artiste… C’est un projet tellement loin que je me suis dit que ce qui était important c’était le chemin pour le réaliser. J’essaie de prouver à chaque étape que ce qui compte c’est de mettre en lumière l’autre, de tagguer le nom des autres. Et puis, c’est un projet qui finit par m’inspirer. Pour aider les gens, il faut leur donner les moyens de faire. L’œuvre, c’est participer, cela ne me concerne plus. En Tunisie, où le projet a été le premier à décoller (ndlr : des tunisiens ont notamment remplacé les portraits de Ben Ali par des photos du projet Inside Out), j’ai pris une grosse claque : d’abord, je me suis bien rendu compte qu’en étant sur place, avec les gens, je mettais quelque chose de superficiel. Ensuite, des tunisiens sont venus très vite arracher les affiches Inside Out. J’ai compris que c’était cela la démocratie : se ré-approprier ses espaces. Il n’y a rien de plus fort que des gens qui défendent leur propre espace.

Quelle a été la réaction de la communauté TED ?

Quand j’ai reçu le prix cet hiver en Californie, j’ai été contacté par un tas de fondations qui ont proposé de m’aider. Mais quand je leur ai expliqué qu’elles ne pouvaient mettre leur logo nulle part, quand j’ai refusé les dotations, quand j’ai dit que je ne faisais pas de la philanthropie et que je préférais vendre mes œuvres, il n’y avait plus grand monde. Aider, c’est devenu une marque. Ce sont les plus discrets qui aident vraiment. Aujourd’hui, on nous prête un immeuble dans Manhattan dans Lower East Side où on a installé notre imprimerie. On nous prête des bâtiments pour coller et c’est bien le plus important. Le développement du projet Inside Out est filmé en « temps réel ». Il donne lieu à une web série, dont le 1er épisode (qui concerne surtout la Tunisie) est en ligne sur YouTube.

Inside Out, la série : http://www.youtube.com/watch?v=_BQIpdJg5Bs

JR est exposé à la Galerie Perrotin du 17 novembre 2011 au 7 janvier 2012

@Flore Vasseur décembre 2011

* : Un magazine culturel me l’avait commandé puis l’a enterré.

Si j’étais ministre des finances, voici votre programme mis à jour

Voici donc la mise à jour définitive de toutes vos contributions à mon projet d’apprentie Ministre des Finances. Je viens de rendre ma copie à la revue qui m’avait proposé l’exercice. Sortie le 7 mars, hélas….

Je me suis beaucoup inspirée de vos propositions, même si j’ai été moins précise et plus littéraire. J’en suis de plus en plus convaincue : seule la fiction peut nous permettre de sortir de la pensée unique et de nous affranchir des dogmes. Sans fiction, je ne serais jamais MOF. Sans fiction, vous n’auriez pas proposé toutes ces idées. Reste à savoir ce que, au delà de l’exercice, on en fait. Merci en tous les cas, vous m’avez beaucoup aidée.

A : REGULATION DES MARCHES

  • Re séparer les banques d’affaires et les banques de dépôt
  • Mettre à jour l’escroquerie des agences de notation, en les obligeant à s’expliquer sur leur procédés de calculs, et ce, y compris sur la période qui a précédé 2008. Faire une bonne publicité au rapport.
  • Réglementation de l’entrée en bourse des sociétés Interdiction des ventes à découvert…
  • Limitation du nombre d’ordres pouvant être émis par les machines…
  • Suppression de l’anonymat des transactions financières… 
  • Limiter la spéculation abusive, dans le sens short term.
  • Réguler le trading automatique (dans le sens ou les ordres sont passées massivement depuis des megaordinateurs dans les grandes banques d’investissement suivant les effets d’annonce), ca pour aller plus en avant que la nécessaire taxe Tobin. 

B : MODIFICATION DU SYSTEME BANCAIRE

  • création d’un compte bancaire “référent” pour chaque individu qui regroupe tous les mouvements effectués sur tous ses comptes, tous ses revenus
  • Nationalisation de certaines banques,

C: MONNAIE

  • Récupération de la possibilité d’emprunter (de manière encadrée) à la banque centrale.
  • promotion des monnaies locales
  • Sortie de l’euro, retour au francs, ré-attribution de ses prérogatives à la Banque de France d’émettre sa monnaie, puis dévaluation pour relancer notre vieille économie à bout de souffle.
  • Négociation pour le changement de statut de la BCE me semble une des priorités.
  • Accord international pour un retour à l’étalon-or 
  • Abroger la loi Pompidou de 1973. Le reste suivra tout seul.
  • Equilibrer la dépendance au dollar, et pour cela, la France, l’Europe pour devenir un fer de lance international d’une monnaie indexée sur les monnaies principales (Real, Yuan, Euro, Dollar, Ruppies etc, voir les articles édités en 2008-2009 sur tout ces sujets)
  • on diversifie la création monétaire et on la fleche vers des vraies besoins en ouvrant des monnaies nationales/régionales complémentaires avec @Philippe Derruder, Frédéric Bosqué et Jean-François Noubel ;
  • Dévaluation de la monnaie une remise à zéro des compteurs, et des banques. Dans ce cas il faudrait réconnecter les monnaies à l’étalon-or comme c’était le cas avant 1971.

D : DETTE

  • Annulation simultanée de la dette de tous les états, fermeture des bourses
  • Reprendre la souveraineté de la dette, demander au français cet effort financier pour retrouver leur voix et leur souveraineté dans leur propre pays. Les entreprises seraient bien a même d’y prendre part.
  • Remboursement de la dette actuelle par un emprunt à la banque de france à taux 0 qui serait garanti par l’épargne des francais puis sortir de l’union européenne pour retrouver une complète indépendence
  • Moratoire sur la dette afin de savoir si toute elle est légitime et si elle ne provient pas justement d’un système fait pour créer de la dette
  • Faire racheter la dette par la BCE ??? (les allemands n’en veulent pas).
  • Etablir les niveaux de la dette nette (la France est débitrice de l’Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon qui sont peu ou prou les mêmes dont la France est créditrice.)

E : FISCALITÉ

  • Taxation de tous les produits importés à concurrence du coût de notre système de protection sociale.
  • Nourriture et énergie produites dans un rayon de x km, taxation prohibitive sur tout le reste.
  • Triplement des effectifs des fonctionnaires des impôts , et évidemment réforme complète de l’impôt:
  • 100% de prélèvement au delà de 5000 euros de revenu par mois,
  • 100keuros maximum par enfant lors des successions, tout le reste revient dans pot commun
  • Impot sur les successions a 100% (du coup, plus besoin d’IR, ni IS (ni TVA et autres taxes)). A condition de tenir une generation, redistribution complete…
  • Installation d’antennes de lutte contre l’évasion fiscale dans les zones du pays ou il y a plus d’entreprises que d’habitants (par exemple Monaco?). Les équipes des détection sont “sous-staffés” par rapport aux besoins, ce qui pose en aparté le problème de la mobilité des cadres de la fonction publique (pouvoir enfin recrutés ou muter les gens là où sont les besoins et réduire les effectifs là où ils sont légions et ne servent pas à grand chose). Cela permettrait en outre de recruter des gens diplômés, notamment des jeunes, pour effectuer des taches de haut niveau (donc augmenter le “niveau” de la fonction publique) et redorer l’image de la fonction publique qui est aujourd’hui assimilé à du fonctionnariat dans tout ce qu’il a de plus détestable.
  • Suppression des “vrais” paradis fiscaux (La City, Jersey, Singapour, etc…)
  • Reforme de la protection sociale!Chasse aux vrais fraudeurs (qui ne sont pas les assures) et montants punitifs.
  • Abolition des niches et exemptions.
  • évaluation des entreprises subsidiées par l’état, clause de retour sur subside en terme d’emploi sur la durée et sans emplois précaires repris dans l’évaluation évidemment
  • Remise à plat des tranches d’imposition, proportionnelles aux revenus
  • Baisse des salaires des hauts fonctionnaires,
  • Augmentation des tranches d’impôts avec une taxe totale au delà des 360 000 € Annuels,
  • Refonte du système fiscal, avec une nouvelle tranche d’imposition pour les forts revenus avec suppression des niches fiscales.

F : ENCADREMENT DU POLITIQUE

  • Suppression des cumuls des mandats.
  • Plafonnement des indemnités à 10 000 euros. Rémunération aux résultats obtenus.
  • Suppression des privilèges et objets de fonction (voitures, garde du corps…).
  • On oblige tous les politiques dont on a des preuves qu’ils ont fait ou dit n’importe quoi à porter un bonnet d’âne dans toutes leurs interventions télé, en cas de récidive , on passe au nez de clown
  • Fin des privilèges pour les fonctionnaires qui travaillent au Sénat/Assemblée (ex: primes de nuit alors que les dites personnes ne travaillent pas).
  • “Contrôle des pouvoirs” avec des organes de délibération et de rotation des rôles avec Etienne Chouard et Patrick Viveret ;
  • Revoir l’organisation des collectivités publiques et le couplage désastreux commune-collectivité de communes-département région-etat pour faire des économies.
  • Refondre la politique des aides sociales. Montrer l’exemple en diminuant le salaire de nos élus de 30% vu qu’ils ne font que parler et se tirer dans les pattes, un forfait au parler utile, des politiques RH chez les politiques?

G : EDUCATION

  • On commence déjà par former des citoyens et non des consommateurs à l’école nationale.
  • Rendre l’économie - la science - un peu moins rébarbative
  • les notions de performance sont remplacées par la notion de participation et de satisfaction. On lance la campagne “Ben oui qu’on peut, et même en mieux”
  • Eduquer la France au budget. A l’école, dans les ministères, dans les villes et villages de France et de Navarre. Budgets prévus, budget actuels, déviations, vision a long terme (au delà d’un mandat)
  • Réécrire les méthodes d’éducation de nos enfants et ne pas leur donner des mauvais exemples dans notre vie de tous les jours : un jour j’ai dit à mon Boss : “un bon manager est quelqu’un qui a déjà su éduquer ses enfants” : tes enfants te respectent à partir du moment où toi-même : tu les respectes
  • Apprentissage de la méditation des 4 ans
  • Suppression des notes
  • Décloisonnement des enseignements / Apprentissage de la pensée systémique
  • Généralisation d’Eurasmus

H : POLITIQUE DE L’EMPLOI

  • Réintroduction de l’échelle mobile des salaires qui indexe les salaires sur l’inflation.
  • Fin du remboursement fiscal des voitures de société,
  • Déductibilité augmentée pour entreprises à fort taux d’emploi des femmes (à salaire égal) et minorités “visibles”,
  • Mise en place d’un plan d’emploi des +50ans en parallèle avec la formation de jeunes (impossible sans synergie emploi-finances),
  • De vraies sanctions aux entreprises qui licencient malgré leurs fortes prises bénéficiaires,
  • “facilitation” des lois fiscales aux entreprises de moins de 50 personnes pour localiser l’emploi et donc le pouvoir d’achat,
  • contrat de travail unique à durée indéterminée,
  • statut unique coopératif des sociétés (à commencer par les sociétés de presse),
  • cessation progressive d’activité pour tous,
  • âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie,
  • salaire moyen comme minimum retraite
  • Découpage des titres et diplômes en modules à passer tout au long de l’année, tout au long de la vie.
  • Revoir la rémunération des patrons en fonction de l’amélioration de leurs performances dans le climat social (pourquoi pas?)
  • 10 semaines de congés payés dont 5 à se former.
  • études payantes interdites.
  • salaire étudiant.
  • Le Dividende Universel : Synthèse capitaliste pour instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité. Ce projet de “Dividende Universel” se compose d’un Objectif Principal (Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique) et de deux
    Objectifs Spécifiques :I)Transformer le “capitalisme ordinaire” en un authentique Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.II)Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un Dividende Universel évolutif qui, de facto, éradiquera définitivement le concept même de chômage.

I : CULTURE DE SOCIETE

  • Ne plus baser l’économie sur la croissance mais sur le bien être des gens.
  • Avec une plus forte localisation des échanges économiques on parvient en corollaire à réinstaurer la notion de dignité qui règne toujours aujourd’hui là où la finance n’a pas pris l’ampleur qu’on connait en Occident, on achèterait à quelqu’un et plus juste “quelque chose”.
  • Arrêter le matraquage publicitaire et éduquer les enfants. travail sur plusieurs générations
  • Malencontreuse panne de télé pendant quelques temps
  • On arrête de faire croire que plus de croissance = plus de richesses = plus de bonheur.
  • Dire la vérité : la croissance exponentielle sans limite est impossible
  • limitation de la publicité (quotas passage tv/radio, plus de panneaux, interdiction dans les journaux).
  • Affichage de la marge.
  • bouteilles/emballages obligatoirement recyclables,
  • limiter le temps de cerveau disponible en interdisant la télé avant la maturité intellectuelle.
  • conditionnement des denrées réglementé et taxé (plus on s’éloigne du produit de première nécessité, plus on taxe).
  • Il faudrait obliger les gens à lire au moins un livre par mois :)
  • On instaure un revenu d’existence avec Francois Plassard ;
  • Indépendance des éditeurs…
  • Revenir aux ideaux du CNR.
  • Réintroduire le respect dans les relations avec autrui,
  • Tenter de ne pas prêcher qu’aux convaincus - c’est le plus dur
  • Trouver un mot federateur (sexy ?) pour parler de décroissance
  • toutes les mesures que nous avons évoqués précédemment s’imbriquent les unes dans les autres : une meilleure répartition des richesse conduirait les gens à être beaucoup plus cultivé > un peuple cultivé a soif de connaissance, les abonnements aux différents journaux seront boostés, idem pour les livres

J : STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

  • Les bénéfices tirés de ces mesures doivent être redistribués dans l’éducation, la santé, la culture; feraient ressentir aux “gens” ce qu’est le “vrai bien-être”
  • création d’un salaire minimum à 10KE/ mois pour les métiers de la vie et l’éducation..
  • renverser les priorités et le recrutement des talents vers le secteur de l’enseignement et de la vie : les profs et les médecins mieux payés qu’un trader et un direct makrtg !
  • On crée un comité de” Debut-ance” pour veiller à ce que la Fin-ance ne soit pas une fin en soi… mais bien au service de la création, avec @Claude Perrigaud ;
  • information sous forme de service public indépendant
  • Utilisation de l’epargne des français (qui est l’une des plus importante du monde) aux financement de grands projects stratégiques plutôt que de laisser les assureurs gèrent l’épargne des français en allant spéculer sur les matières premières par ex
  • on fixe de grands chantiers de développement avec le CESE et Anne de Béthencourt ;
  • on organise de nouveaux cadres juridique pour favoriser l’innovation sociale avec Anne Laure Brun Buisson ;
  • on lance des plans d’expérimentations “evidence based policy” avec Arnaud Riegert ;
  • on se donne des rendez-vous annuels pour des évaluations/délibérations… en remettant le débat publique au centre. ON S’ASSUME
  • Trouver son secteur de développement et investir (je vois principalement les services a un niveau européen, mais pas seulement l’industrie des services, dans la maitrise et la gestion des demandes d’energie via les smart grids and so on)
  • Faire pression sur le ministère de la défense et les Affaires étrangères, pour que l’on réduise notre engagement dans des conflits avec lequel nous n’avons aucun intérêt stratégique ni politique (ou plutôt qui salisse notre image).
  • dossier médical électronique individuel crypté, sécurité sociale universelle, suppression des mutuelles

Last but not least (avec vos mots)

  • si tu peux évites le protectionnisme, c’est juste une mesure immédiatement populaire qui torpille toute entente entre les états or c’est se tirer une balle dans le pied au final…
  • maitriser le travail des hommes de terrain (les respecter) 
  • maitriser les normes comptables pour ne pas se laisser balader
Si j’étais MOF (en tous les cas sur Facebook)

Voici donc les idées postées sur mon fil Facebook à la suite de mon « annonce ». La moindre des choses pour prolonger ce travail collectif (175 contributions) était de tenter de regrouper les idées postées par thématique. C’est chose faite ci-dessous (pardon pour les doublons et les fautes d’orthographe, je laisse les idées dans leur « jus »). Pardon aussi pour les éléments trop techniques que je n’ai pas intégrés car je ne sais pas encore bien les imbriquer. Pour les thématiques, c’est un ordre un peu arbitraire même si j’y vois une certaine progressivité.

A tous ceux qui considèrent que l’exercice ne sert à rien sous prétexte entre autres qu’il ne prend pas en compte la réalité (« un MOF n’a jamais carte blanche »), je dirais que c’est l’argument premier pour ne rien faire et surtout ne rien penser. Nous sommes très nombreux à critiquer. Visiblement, vous êtes nombreux à vouloir faire des propositions. La complexité est toujours l’argument que l’on avance à ceux qui tentent de comprendre. C’est imparfait, pas exhaustif, biaisé mais au moins, cela sort ! Merci encore à tous ceux qui ont pris de leur temps pour partager leurs idées. Et bien sur, on peut totalement poursuivre ici ou sur FB, lequel à mon petit niveau, a trouvé une utilité inattendue. Je me mets donc au travail et vous tiens au courant quand le résultat final sera prêt. Merci encore !

A : REGULATION DES MARCHES

  • Re séparer les banques d’affaires et les banques de dépôt
  • Mettre à jour l’escroquerie des agences de notation, en les obligeant à s’expliquer sur leur procédés de calculs, et ce, y compris sur la période qui a précédé 2008. Faire une bonne publicité au rapport.
  • Réglementation de l’entrée en bourse des sociétés Interdiction des ventes à découvert…
  • Limitation du nombre d’ordres pouvant être émis par les machines…
  • Suppression de l’anonymat des transactions financières… 
  • Limiter la spéculation abusive, dans le sens short term.
  • Réguler le trading automatique (dans le sens ou les ordres sont passées massivement depuis des megaordinateurs dans les grandes banques d’investissement suivant les effets d’annonce), ca pour aller plus en avant que la nécessaire taxe Tobin. 

B : MODIFICATION DU SYSTEME BANCAIRE

  • création d’un compte bancaire “référent” pour chaque individu qui regroupe tous les mouvements effectués sur tous ses comptes, tous ses revenus
  • Nationalisation de certaines banques,

C: MONNAIE

  • Récupération de la possibilité d’emprunter (de manière encadrée) à la banque centrale.
  • promotion des monnaies locales
  • Sortie de l’euro, retour au francs, ré-attribution de ses prérogatives à la Banque de France d’émettre sa monnaie, puis dévaluation pour relancer notre vieille économie à bout de souffle.
  • Négociation pour le changement de statut de la BCE me semble une des priorités.
  • Accord international pour un retour à l’étalon-or 
  • Abroger la loi Pompidou de 1973. Le reste suivra tout seul.
  • Equilibrer la dépendance au dollar, et pour cela, la France, l’Europe pour devenir un fer de lance international d’une monnaie indexée sur les monnaies principales (Real, Yuan, Euro, Dollar, Ruppies etc, voir les articles édités en 2008-2009 sur tout ces sujets)
  • on diversifie la création monétaire et on la fleche vers des vraies besoins en ouvrant des monnaies nationales/régionales complémentaires avec @Philippe Derruder, Frédéric Bosqué et Jean-François Noubel ;
  • Dévaluation de la monnaie une remise à zéro des compteurs, et des banques. Dans ce cas il faudrait réconnecter les monnaies à l’étalon-or comme c’était le cas avant 1971.

D : DETTE

  • Annulation simultanée de la dette de tous les états, fermeture des bourses
  • Reprendre la souveraineté de la dette, demander au français cet effort financier pour retrouver leur voix et leur souveraineté dans leur propre pays. Les entreprises seraient bien a même d’y prendre part.
  • Remboursement de la dette actuelle par un emprunt à la banque de france à taux 0 qui serait garanti par l’épargne des francais puis sortir de l’union européenne pour retrouver une complète indépendence
  • Moratoire sur la dette afin de savoir si toute elle est légitime et si elle ne provient pas justement d’un système fait pour créer de la dette
  • Faire racheter la dette par la BCE ??? (les allemands n’en veulent pas).
  • Etablir les niveaux de la dette nette (la France est débitrice de l’Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon qui sont peu ou prou les mêmes dont la France est créditrice.)

E : FISCALITÉ

  • Taxation de tous les produits importés à concurrence du coût de notre système de protection sociale.
  • Nourriture et énergie produites dans un rayon de x km, taxation prohibitive sur tout le reste.
  • Triplement des effectifs des fonctionnaires des impôts , et évidemment réforme complète de l’impôt:
  • 100% de prélèvement au delà de 5000 euros de revenu par mois,
  • 100keuros maximum par enfant lors des successions, tout le reste revient dans pot commun
  • Impot sur les successions a 100% (du coup, plus besoin d’IR, ni IS (ni TVA et autres taxes)). A condition de tenir une generation, redistribution complete…
  • Installation d’antennes de lutte contre l’évasion fiscale dans les zones du pays ou il y a plus d’entreprises que d’habitants (par exemple Monaco?). Les équipes des détection sont “sous-staffés” par rapport aux besoins, ce qui pose en aparté le problème de la mobilité des cadres de la fonction publique (pouvoir enfin recrutés ou muter les gens là où sont les besoins et réduire les effectifs là où ils sont légions et ne servent pas à grand chose). Cela permettrait en outre de recruter des gens diplômés, notamment des jeunes, pour effectuer des taches de haut niveau (donc augmenter le “niveau” de la fonction publique) et redorer l’image de la fonction publique qui est aujourd’hui assimilé à du fonctionnariat dans tout ce qu’il a de plus détestable.
  • Suppression des “vrais” paradis fiscaux (La City, Jersey, Singapour, etc…)
  • Reforme de la protection sociale!Chasse aux vrais fraudeurs (qui ne sont pas les assures) et montants punitifs.
  • Abolition des niches et exemptions.
  • évaluation des entreprises subsidiées par l’état, clause de retour sur subside en terme d’emploi sur la durée et sans emplois précaires repris dans l’évaluation évidemment
  • Remise à plat des tranches d’imposition, proportionnelles aux revenus
  • Baisse des salaires des hauts fonctionnaires,
  • Augmentation des tranches d’impôts avec une taxe totale au delà des 360 000 € Annuels,
  • Refonte du système fiscal, avec une nouvelle tranche d’imposition pour les forts revenus avec suppression des niches fiscales.

F : ENCADREMENT DU POLITIQUE

  • Suppression des cumuls des mandats.
  • Plafonnement des indemnités à 10 000 euros. Rémunération aux résultats obtenus.
  • Suppression des privilèges et objets de fonction (voitures, garde du corps…).
  • On oblige tous les politiques dont on a des preuves qu’ils ont fait ou dit n’importe quoi à porter un bonnet d’âne dans toutes leurs interventions télé, en cas de récidive , on passe au nez de clown
  • Fin des privilèges pour les fonctionnaires qui travaillent au Sénat/Assemblée (ex: primes de nuit alors que les dites personnes ne travaillent pas).
  • “Contrôle des pouvoirs” avec des organes de délibération et de rotation des rôles avec Etienne Chouard et Patrick Viveret ;
  • Revoir l’organisation des collectivités publiques et le couplage désastreux commune-collectivité de communes-département région-etat pour faire des économies.
  • Refondre la politique des aides sociales. Montrer l’exemple en diminuant le salaire de nos élus de 30% vu qu’ils ne font que parler et se tirer dans les pattes, un forfait au parler utile, des politiques RH chez les politiques?

G : EDUCATION

  • On commence déjà par former des citoyens et non des consommateurs à l’école nationale.
  • Rendre l’économie - la science - un peu moins rébarbative en expliquant, et les notions de performance sont remplacées par la notion de participation et de satisfaction.On lance la campagne “Ben oui qu’on peut, et même en mieux”
  • Eduquer la France au budget. A l’école, dans les ministères, dans les villes et villages de France et de Navarre. Budgets prévus, budget actuels, déviations, vision a long terme (au delà d’un mandat)
  • Réécrire les méthodes d’éducation de nos enfants et ne pas leur donner des mauvais exemples dans notre vie de tous les jours : un jour j’ai dit à mon Boss : “un bon manager est quelqu’un qui a déjà su éduquer ses enfants” : tes enfants te respectent à partir du moment où toi-même : tu les respectes

H : POLITIQUE DE L’EMPLOI

  • Réintroduction de l’échelle mobile des salaires qui indexe les salaires sur l’inflation.
  • Fin du remboursement fiscal des voitures de société,
  • Déductibilité augmentée pour entreprises à fort taux d’emploi des femmes (à salaire égal) et minorités “visibles”,
  • Mise en place d’un plan d’emploi des +50ans en parallèle avec la formation de jeunes (impossible sans synergie emploi-finances),
  • De vraies sanctions aux entreprises qui licencient malgré leurs fortes prises bénéficiaires,
  • “facilitation” des lois fiscales aux entreprises de moins de 50 personnes pour localiser l’emploi et donc le pouvoir d’achat,
  • contrat de travail unique à durée indéterminée,
  • statut unique coopératif des sociétés (à commencer par les sociétés de presse),
  • cessation progressive d’activité pour tous,
  • âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie,
  • salaire moyen comme minimum retraite
  • Découpage des titres et diplômes en modules à passer tout au long de l’année, tout au long de la vie.
  • Revoir la rémunération des patrons en fonction de l’amélioration de leurs performances dans le climat social (pourquoi pas?) 10 semaines de congés payés dont 5 à se former.
  • études payantes interdites.
  • salaire étudiant.

I : CULTURE DE SOCIETE

  • Ne plus baser l’économie sur la croissance mais sur le bien être des gens.
  • Avec une plus forte localisation des échanges économiques on parvient en corollaire à réinstaurer la notion de dignité qui règne toujours aujourd’hui là où la finance n’a pas pris l’ampleur qu’on connait en Occident, on achèterait à quelqu’un et plus juste “quelque chose”.
  • Arrêter le matraquage publicitaire et éduquer les enfants. travail sur plusieurs générations
  • Malencontreuse panne de télé pendant quelques temps
  • On arrête de faire croire que plus de croissance = plus de richesses = plus de bonheur.
  • Dire la vérité : la croissance exponentielle sans limite est impossible limitation de la publicité (quotas passage tv/radio, plus de panneaux, interdiction dans les journaux).
  • Affichage de la marge.
  • bouteilles/emballages obligatoirement recyclables,
  • limiter le temps de cerveau disponible en interdisant la télé avant la maturité intellectuelle.
  • conditionnement des denrées réglementé et taxé (plus on s’éloigne du produit de première nécessité, plus on taxe).
  • Il faudrait obliger les gens à lire au moins un livre par mois :)
  • On instaure un revenu d’existence avec Francois Plassard ;
  • Indépendance des éditeurs…
  • Revenir aux ideaux du CNR.
  • Réintroduire le respect dans les relations avec autrui,
  • Tenter de ne pas prêcher qu’aux convaincus - c’est le plus dur
  • Trouver un mot federateur (sexy ?) pour parler de décroissance
  • toutes les mesures que nous avons évoqués précédemment s’imbriquent les unes dans les autres : une meilleure répartition des richesse conduirait les gens à être beaucoup plus cultivé > un peuple cultivé a soif de connaissance, les abonnements aux différents journaux seront boostés, idem pour les livres

J : STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

  • Les bénéfices tirés de ces mesures doivent être redistribués dans l’éducation, la santé, la culture; feraient ressentir aux “gens” ce qu’est le “vrai bien-être”
  • création d’un salaire minimum à 10KE/ mois pour les métiers de la vie et l’éducation..
  • renverser les priorités et le recrutement des talents vers le secteur de l’enseignement et de la vie : les profs et les médecins mieux payés qu’un trader et un direct makrtg !
  • On crée un comité de” Debut-ance” pour veiller à ce que la Fin-ance ne soit pas une fin en soi… mais bien au service de la création, avec @Claude Perrigaud ;
  • information sous forme de service public indépendant
  • Utilisation de l’epargne des français (qui est l’une des plus importante du monde) aux financement de grands projects stratégiques plutôt que de laisser les assureurs gèrent l’épargne des français en allant spéculer sur les matières premières par ex
  • on fixe de grands chantiers de développement avec le CESE et Anne de Béthencourt ;
  • on organise de nouveaux cadres juridique pour favoriser l’innovation sociale avec Anne Laure Brun Buisson ;
  • on lance des plans d’expérimentations “evidence based policy” avec Arnaud Riegert ;
  • on se donne des rendez-vous annuels pour des évaluations/délibérations… en remettant le débat publique au centre. ON S’ASSUME
  • Trouver son secteur de développement et investir (je vois principalement les services a un niveau européen, mais pas seulement l’industrie des services, dans la maitrise et la gestion des demandes d’energie via les smart grids and so on)
  • Faire pression sur le ministère de la défense et les Affaires étrangères, pour que l’on réduise notre engagement dans des conflits avec lequel nous n’avons aucun intérêt stratégique ni politique (ou plutôt qui salisse notre image).
  • dossier médical électronique individuel crypté, sécurité sociale universelle, suppression des mutuelles

Last but not least (avec vos mots)

  • si tu peux évites le protectionnisme, c’est juste une mesure immédiatement populaire qui torpille toute entente entre les états or c’est se tirer une balle dans le pied au final…
  • maitriser le travail des hommes de terrain (les respecter) 
  • maitriser les normes comptables pour ne pas se laisser balader
On me demande d’être Ministre de l’Eco et des Finances. J’ai carte blanche. Vous m’aidez à bâtir le programme ?

Je suis sidérée par l’enchainement des événements qui mènent aujourd’hui des banquiers de Goldman Sachs à la tête des Etats. On est entrain de laisser une dictature s’installer sous prétexte qu’il faut combattre les « méchants marchés ». D’où mon long silence sur ce blog (et mes excuses par la même occasion).

Il me faut maintenant sortir de ma cabane : un magazine bien intentionné (enfin… je crois) me demande de me glisser dans la peau d’une ministre des l’économie et des finances. Comme cela n’arrivera jamais, j’ai bien l’intention d’y prendre un vrai plaisir. J’ai bien quelques idées et l’irrésistible envie de faire la peau à certains. J’ai surtout carte blanche. Vous m’aidez à bâtir le programme ?

Merci à vous

PS : Je viens de poser cette question sur facebook et je dois dire que cela fait plaisir de recevoir autant de contributions : http://www.facebook.com/profile.php?id=581574918

La bourse ou la vie ?

Quelques reflexions de retour de Zuccotti Park, siège de Occupy Wall Street

Tinky Da arpente quasi nue le béton du 1 liberty Plazza, siège des indignés de Wall Street. Elle chante, danse parfois. Ses longs cheveux blonds, raides et secs, effleurent alors sa culotte turquoise. Elle s’expose un peu lasse à chacun des téléphones tendus. Sur son ventre elle a écrit : « je ne suis pas nue pour m’amuser ; c’est mon expression politique ». Quand le New York Times dépêche un chroniqueur pour couvrir l’événement, celui-ci ne s’intéresse qu’à Tinky, sa tenue. Pas à son message ni ce qui l’entoure, ni même sa posture. Pour décrédibiliser le mouvement, le tourner en ridicule, la presse traditionnelle n’a qu’à se baisser. Une initiative comme Occupy Wall Street trimballe son lot de soi disant « marginaux », cracheurs de feu à dreadlocks et autres excités du grand soir. Mais voilà, en me fondant dans la foule des indignés, j’ai compris que le chroniqueur du New York Times, ce jour là n’avait rien vu. Ou n’avait rien voulu voir.

“Mic Check, this is George Soros…”

On dit le mouvement désorganisé, naïf et donc condamné dans l’œuf parce que sans leader. Sauf que c’est un choix tout à fait assumé. Revenus d’une « démocratie » pleine de soit disant « leaders » et autres technocrates en costumes bien mis, mais dans laquelle ils n’ont aucune prise, les activistes cherchent une alternative. A Zuccotti Park, les assemblées générales se succèdent mais ne se ressemblent pas. Tout se vote (faut-il une personne responsable des media ? une liaison avec la police) à la main levée. L’espace occupé depuis samedi 17 s’est organisé : le coin infirmerie, le coin juridique, le coin media, la cantine, le campement. Des formations sont dispensées tout au long de la journée (« l’action non violente », « que faire si vous êtes arrêté », « comment parler aux media ») et un flot incessant de tweet, messages facebook et autre livestream inonde la toile. C’est spontané, inédit mais tout sauf bordélique. Le mouvement est tellement organisé qu’il est entrain de devenir une incroyable caisse de résonnance ! Depuis le 17, les pilotes de Continental et de United Airlines, Susan Sarandon, Michael Moore et Naomi Klein sont tous venus tester le « human microphone ». La NYPD ayant interdit le mégaphone (et aussi les masques et les bâches), la personne qui veut prendre la parole crie « Mic Check ». Celles qui l’entourent crient « Mic Check ». L’auditoire se fait silencieux. Le valeureux se lance, ses porte-voix humains reprenant chacune de ses phrases. J’ai hâte que Soros, Bernanke ou Geithner - qui ont tous déclaré comprendre le mouvement -, ne concrétisent et s’emparent du Human Microphone. 

99% versus 1%

Au delà de l’organisation et de la forme (critique à nouveau facile et assez éclairante sur les intentions), le New York Times s’est moqué du fond. Les « Occupy Wall Street » seraient dans une sorte d’opposition primaire, un fourre tout de la contestation hautement manipulable.

L’originalité du mouvement réside notamment dans son ouverture à toutes les voix. Dans la foule, il y a des anciens du Vietnam, des pères de famille chassés de chez eux par les banques, des SDF, des travailleurs immigrés, des hippies. Mais il y a aussi, des avocats, des journalistes, des étudiants, des infirmiers, des mères de famille. Et c’est tout l’intérêt. Wall Street, la collusion de la finance et du politique n’a pas un effet catégoriel mais un système d’effets. Et c’est l’emprise de ce système-là qui est précisément dénoncé. Le point commun de toutes ces revendications est d’être portées par tous ceux qui en sont « victimes », les 99% dominés par les 1%. Qu’est-ce qui dérange : l’effet de masse créé ? L’union fait la force. Pas étonnant que les politiques dépensent autant d’effort à nous dresser les gens les uns contre les autres.

RDV sous le Charging Bull

De plus, pour les media établis, les « occupy wall street » n’auraient aucune proposition à faire témoignant bien là de leur immaturité. Rien n’est plus faux. Le 1er jour quand le camp s’installait, ils étaient alors une petite centaine à se retrouver sous la statue du Charging Bull, se découvrant, se flairant. Epatés de voir les rangs grossir d’heure en heure, déçus de ne pas être déjà des millions. Qu’ont ils immédiatement fait ? Ils se sont parlés. Dès le premier jour, sur les bancs de Bowling Green Park, on débattait déjà du Glass Speigal Act, la personnalité juridique des multinationales, le rôle de la monnaie, le poids des lobbies, le financement des campagnes etc… Il se passait vraiment quelque chose. Sur les marches du National Museum of American Indian, ils se sont chauffés la voix, ont inventer leurs cris de ralliement. Et puis ils ont commencé à rameuter des copains avec leur Smartphone. Avec un tout petit peu de recul, je me dis qu’il en fallait (de la désillusion mais aussi de l’enthousiasme) pour y croire ce 17 septembre.

Obama perd ses petits

Le gros des indignés de Wall Street (les plus jeunes, diplômés sans boulot ni assurance maladie mais des idées et une bonne maitrise des réseaux sociaux) ont milité pour Obama, vivant alors pour la plupart leur baptême de citoyen. L’eau était gelée. Ecoeurés par un « Yes we can » de pacotille, ils ont appris vite : dans ce pays/ ce système où tout s’achète, ils n’auront jamais les moyens de se payer leur candidat. Reste la rue, la solidarité et les réseaux… Reste la vie. Ce qui est formidable à Zucotti, c’est l’énergie de vie, fut elle seins nus. Je ne suis pas prête d’oublier ce que j’ai vu là bas. J’ai discuté avec des professeurs, des étudiants, des anciens de la City, des retraités chacun à mille lieux de la figure de l’anarchiste véhiculé par des supports media (suppôts ?) que cela arrange bien. Il y avait quelque chose d’assez magnifique dans ce patchwork d’indignations qui s’écoutent et disent la même chose : nous ne sommes plus en démocratie. Le politique et les media traditionnels ne font plus leur travail. Dont acte. Occupy Wall Street défie le conformisme et le bonheur marketé. C’est probablement ce qui dérange le plus.

D Day pour Adbusters et le journalisme indépendant

L’initiative a été lancée par Adbusters, ce « journal de l’environnement mental » absolument génial. Une presse alternative, sans pub, avec un point de vue par article. Détournant les messages publicitaires, carrément arty, délivrant ses messages comme des coups de poing, ce trimestriel se lit comme un voyage dans la médiocrité de la société consumériste, la notre. Et renvoie à notre propre démission. Souvent violent par les associations d’idées créées, Adbusters appelait à un certain réveil. Il est devenu « mainstream ». Sur Facebook, une petite vidéo de Gandhi s’échange depuis quelques jours : « Au début ils t’ignorent. Ensuite ils te ridiculisent. Puis ils te combattent. Et alors tu réussies ». La guerre des images, elle, a démarré.

Pour aller plus loin : adbusters.org

CGI 2011 : quand Bill veut sauver le monde avec ses petits bras (et beaucoup de sous)

Dans une Amérique en ruines et un Manhattan en ébullition (Assemblée Générale de l’ONU, castagne sur la reconnaissance de la Palestine, occupation de Wall Street – par ailleurs fébrile - par des indignés américains), Bill Clinton réunit ces jours le gratin des affaires pour sa grande fête de la philanthropie : la Clinton Global Initiative. Nous sommes Midtown, au Sheraton, cernés par les sièges sociaux des banques américaines. Au coeur du réacteur.

C’est la 7ème édition de cet événement créé par Clinton pour Clinton, c’est à dire pour continuer à exister. Son idée : pour sauver le monde, il faut créer des alliances entre la sphère publique, le privé et les NGO. Why not ? J’étais venue en 2008, en étais répartie écoeurée par le lavage de cerveaux : http://florevasseur.com/fr/articles/21/bill-clinton/ Intéressant de voir combien en 3 ans, l’événement a changé.

Cette année encore JP Morgan, Pepsi, Cisco, corporate america est bien là, alignée dans des sessions à la gloire d’une vision sur l’humanité directement sortie des ordinateurs de leurs communicants. Rien n’est trop beau (ni trop cher, ici 20 000 dollars le ticket) pour partager le podium avec Clinton : elles annoncent leur « commitment » pour sauver le monde : des écoles en Afrique, des jobs aux USA, des vaccins pour le Bangladesh. Optimisme vissé au corps, Clinton avance sur scène, prêt à en découdre avec ce monde qui prend l’eau. Il ne manque que les trompettes. Dans un décor bleu et or, il martèle “dans chaque problème de la planète il y a une opportunité”. Il parle probablement de business. Standing ovation. On est dans l’entre-soi ; même quand Nick Kristof, l’éditorialiste du NY Times, l’accroche sur son rôle dans la dérégulation financière. Les quelques 150 journalistes qui couvrent l’événement n’ont pas le droit de se déplacer sans escorte (et donc de parler aux participants). Rien ne doit gâcher la formidable opération de com’ hollywoodienne.

Mais cette année, le lavage de cerveau est un peu moins explicite. D’abord, Clinton lui-même mâche peu ses mots, sur le déni ambiant quant au changement climatique, sur la politique “devenue émission de divertissement”, sur l’apathie ambiante – pour rester politiquement correct : « le vrai problème en Amerique : les gens sont imperméables à l’idée d’avoir une information exacte. On va voir s’il reste sur la même lancée demain quand Obama sera là.

La grande nouveauté est surtout que l’establishment (premiers ministres occidentaux, CEO) est moins mis en avant. La sphère publique a disparu, comme elle a disparu dans la « vraie vie d’ailleurs ». Le monde des affaires fait profil bas, entre ses profits mirobolants et ses plans de licenciement. Du coup, les plénières sont trustées par des personnes de terrain, des humanitaires, des activistes, des chefs de gouvernement de pays dits « secondaires » (Zimbabwe, Mali etc..) plus habitués aux sessions du soir, quand l’assistance est assommée une journée de discours insipides.

Au delà du monde de Coca et consorts, il y a bien une flopée d’entrepreneurs et de « leaders » (invités eux) bien revenus des promesses de l’Oncle Sam. Pour en nommer quelques uns, Leymah Gbolee (Liberia), Rye Barcott (ex marine, installé à l’intérieur de Kibera), Valentino Achak Deng n’ont attendu personne pour impacter leur monde. Les multinationales ont besoin de se refaire une image. Les projets des entrepreneurs sociaux ont besoin d’un énorme effet de levier. Tout se vend, s’échange. C’est à qui infiltre qui, qui impacte qui. Corporate america peut remballer ses spots publicitaires : on lui a volé la vedette. Plus personne n’est dupe. C’est déjà cela de pris.

11/09/01 : The day I didn’t die

C’était il y a 10 ans.

Je l’ai écrit dans « une fille dans la ville ». Ou plutôt j’ai écrit mon premier livre pour trouver une place à ce moment là. Le mettre en boite. Et le ressortir de temps en temps. Comme aujourd’hui. 10 ans plus tard :


11 septembre 2001, 8 h 53 au bureau. Premier appel du matin. C’est Marco au téléphone :

— Ne t’inquiète pas.

— De quoi ? Et au fait, bonjour. Ça va ?

—Écoute, reprend Marco, CNN dit qu’un avion de tourisme a fini par se prendre le World Trade Center. C’était couru d’avance, hein ?

— Quoi ?

— Rien de grave. Je n’ai pas le temps de t’expliquer. Il faut que je prévienne mes employés. Je te rappelle.

La veille, Marco s’est épuisé sur un contrat de vente. Il a inventé un service de transactions bancaires, « je te jure, de quoi faire pleurer CitiBank ». À cent cinquante mètres des Twins, Marco n’a rien vu ni entendu. Pas même son réveil. Ce matin-là, le vent souffle à l’ouest et l’Hudson River scintille. Agacé par ce temps qui file sans lui, il s’est levé, a allumé Bloomberg TV. C’est sa météo. Tout ce qui compte. En se rasant, il a vu le future du Dow Jones dégringoler anormalement. Et puis il m’a appelée à mon bureau.

Je veux voir. Par réflexe, j’attrape un appareil photo. J’ignore le téléphone qui sonne beaucoup trop pour un matin et entraîne mes quelques collaborateurs au sommet de l’immeuble. Dans les escaliers, nous faisons la course. Sur le toit, personne ne joue. Mes voisins sont tous là, éberlués. Devant nous, les buildings se disputent un peu d’espace dans ce décor de carton-pâte. Comme des milliers d’allumettes, les New- Yorkais se sont alignés sur les toits et regardent vers le sud. Vers les tours qui se déta- chent du bleu parfait. L’air est clair, je pourrais les toucher.

L’avion de tourisme a donné un coup de canif sur le flanc de l’une d’elles. En feu. Tom, un de mes collaborateurs, me prend en photo devant. Been there, done that, got the tee-shirt1. Sur la photo, je souris si fort que je vieillis d’un coup.

— You guys are sick2.

Un type à la mine décomposée me traite de malade. Radio collée à l’oreille, il explose en larmes. Hurle que c’est une attaque terroriste. D’autres avions voleraient vers Manhattan. Vers nous.

— C’est la fin du monde, pleure-t-il.

Cela ne me fait rien. Un peu comme une morsure de requin. Fulgurante, la douleur n’atteint pas le cerveau. Au bureau, le téléphone ne fonctionne plus. Les e-mails pleuvent sur les écrans. Avec nos correspondants, il n’y a plus de statut social. Mais toujours les mêmes mots : « Mon Dieu, je ne pense qu’à vous. Que se passe-t-il ? » Ils relaient les consignes d’évacuation, nous informent : la tour Sud est touchée, la tour Nord est tombée, les tunnels et les ponts sont fermés, l’Empire State serait la prochaine cible. La mort est à huit blocs.

Mon père parvient à me joindre. Pour une fois, sa voix monocorde s’envole. La mienne refuse de dérailler comme je refuse de croire à cette histoire.

— Ici, tout va bien, je te jure. D’où je suis, c’est toujours l’été, le ciel bleu, l’air pur. New York, quoi !

Ils sont devenus fous. Ou alors c’est moi. Vu du reste du monde, c’est une journée en enfer. D’ici, c’est une très belle matinée de septembre avec une attraction un peu parti- culière en bas de la ville. Nous remontons sur le toit. La tour Sud sursaute une dernière fois et s’atomise sous nos yeux. De bloc en bloc, une onde de cris reflue. Alors, nous crions. Comme lors d’un feu d’artifice, le son circule moins vite que l’image. Au cinéma, New York est toujours la ville par laquelle arrive la catastrophe.

Les tours tombées, nous nous replions sur nos écrans d’ordinateur. La connexion Internet lâche à son tour. Le fil est coupé, nous n’avons plus que nous. Mes quelques stagiaires et employés ont cru à mon aventure d’apprentie entrepreneur partie à la conquête de l’Amérique. Maintenant, ils sont là. Qu’est-ce que je dois faire d’eux ? Qu’est-ce que je dois faire de moi ?

Il faut sortir des buildings et trouver un poste de TV. Tout le quartier a la même idée. Au sport bar du coin, le taulier ne fait pas payer. Il est persuadé que son heure est venue. Sur les écrans, NY1 a l’exclusivité de l’événement, les chaînes satellites sont hors service. Cas de force majeure : leur relais était posé au sommet des tours. Les journa- listes effondrés n’en savent pas plus que nous. À chaque pause publicitaire, la rumeur reprend son brouhaha : le Golden Gate torpillé, un avion écrasé en Pennsylvanie, JFK piraté, le Capitole attaqué, le Président en fuite. Le quartier est bouclé, on ne voit plus rien, les gens hurlent. Il faut rentrer chez soi. Mais où est Marco ?

J’embarque mon équipe vers le sud. La rue a perdu son rythme, ses bruits. Les taxis ont disparu, le métro ne roule plus. Nous zigzaguons entre des New-Yorkais abandonnés au bitume. Résignés, ils remontent vers le nord en silence. Rien ne sort, rien à dire. En s’effondrant les tours ont coupé le son. Les méchants blindés s’alignent sur Houston Street. Les F16 patrouillent dans un ciel qui s’en fout. Cops et militaires sortent de nulle part. Sérieux, professionnels, puissants, ils sont en retard. Les ambulances hurlent. Elles crient pour ne pas penser. Je n’entends qu’elles.

Vers midi, le vent tourne au nord. L’odeur de métal et de chair carbonisés se répand. Je dois capituler. Je suis forcée de ressentir. Comme une mauvaise conscience, l’odeur s’incrustera partout. Les vents et le temps n’y pourront rien. Dans une dernière grimace, l’insouciance a fermé la porte derrière elle. À double tour.

Plusieurs heures plus tard, Marco débarque à la maison. Rasé de près, chaussures briquées, il porte une chemise bleue de chez Brook Brothers, sent bon l’eau de toilette. Depuis mon départ du bureau, mes bras se sont ouverts et ont réconforté une bonne dizaine d’inconnus. Lui n’en veut pas. Nos questions et regards l’agacent. Il avait trouvé deux places sur un Zodiac pour traverser l’Hudson River et s’enfuir vers le New Jersey. Quand le proprio lui a demandé 1 000 dollars, il a renoncé. Hormis cela, je ne saurai jamais ce qu’il a fait de tout ce temps aux portes de l’enfer. Ce qu’il a vu. Où s’est cachée son âme. La mort lui a tapé sur l’épaule. Il file à mon bureau sauver ce qui peut l’être. Il veut travailler, tout de suite.

Pour une fois, Marco est obligé de dormir chez moi. Au bord du gouffre, on s’aime un peu mieux. Nous nous serrons l’un contre l’autre pendant la nuit. À 4 heures du matin, je suis réveillée par les cris d’une femme. Seule dans la rue, elle hurle à la mort. Des passants tentent de la calmer. Je m’habille pour aller les aider. Trop tard. Ils ont disparu. Mon vélo aussi. À la grille de l’immeuble, son cadenas éventré pend impuissant. Comme moi. Mais tout à l’heure, que devrai-je faire ?

Au matin, je pars au travail en rollers, pour de faux. Je roule sur une île isolée dans un pays coupé du monde. Les rues sont désertes, mon quartier barricadé. Par crainte des émeutes, les magasins ont baissé leur rideau métallique. Dégoûtés par l’odeur, les rats se cachent. Recouverts d’une couche de poussière, des camions militaires sortent de l’enfer. Poussière de quoi, de qui ?

Dans la rue, entre les photos des personnes disparues, des affichettes appellent la population à donner : du sang, de l’eau, dela glace, des vivres, du sparadrap, des sacs poubelle. Je dévalise le supermarché et passe à l’association du quartier : débordée. Je file à l’hôpital donner mon sang : quatre heures d’attente. Je pars acheter des mas- ques de protection pour les distribuer dans la rue : rupture de stock. Je m’inscris sur la liste des volontaires non qualifiés et me retrouve à faire des photocopies dans un hôpital de la 3e Avenue. À distribuer la soupe dans un commissariat à des policiers déglingués de fatigue. Ni infirmière, ni psy, ni pompier, ni chauffeur de bus, ni institu- trice, ni rien du tout, même pas scout, grande gueule suffisante bardée de diplômes, je ne peux rien faire en temps de catastrophe. D’ailleurs, suis-je là, pas là ? Dedans, dehors ? Française, américaine ? Vivante ou morte ? C’est là, devant moi, à vingt-cinq blocs et je ne comprends rien. Mais tout de suite, est-ce que je peux respirer cet air ? Est-ce que je peux boire cette eau ? Est-ce que je peux encore croire à quelque chose ?

Le 14 septembre, Bush arrive enfin à Ground Zero. Il s’adresse à la Nation : « Ne les laissez pas gagner ; ne les laissez pas nous détruire. Continuez votre vie comme avant. Faites du shopping ! » Tout le monde applaudit. Le 15, les chaînes retransmettent un Téléthon organisé par George Clooney pour les familles des victimes. Le lieu d’enregistrement de l’émission est classé Secret Défense. Les acteurs ont une minute en direct face à la caméra pour dire ce qu’ils veulent. Julia Roberts conclut la voix cassée: «Aimez-vous les uns avec les autres. » Je pleure enfin. C’est devant la TV.

Le 21, Prada ouvre le plus grand magasin de son histoire au coin de Broadway et de Prince Street. Deux ans de travaux, 50 millions de dollars d’investissement pour une ouverture dans un Soho interdit au public et puant la mort. Mauvais timing. Chaque jour, de 5 heures du matin à minuit, Giuliani est partout. Il enchaîne enterrements, conférences de presse, réunions de sécurité, coups de fil au Président. Le moindre de ses gestes est retransmis. Selon les circonstances, il change de cos tume. Il n’enlève jamais sa casquette de Yankee. Galvanisé par l’événement, il sait trouver l‘attitude, le bon mot, le ton juste. Les New-Yorkais détestaient leur maire rigide. Aujourd’hui, il les tient debout. Il en a oublié son cancer de la prostate. À côté, Bush est un pantin en rangers qui pleure sa maman.

Je suis venue à New York comme on tape du poing sur la table. Pour le rêve, le souffle. Ce matin-là, quelques coups de cut- ters ont tout pulvérisé. Et j’ai découvert la loi de la gravité, l’odeur du kérosène et de lachair en putréfaction. C’en est fini de la mascarade, du rire qui se moque de tout, de l’ambition qui cache la déprime larvée. L’Amérique n’est plus un rêve. Ce n’est pas mon pays. Nous sommes en guerre. J’ai envie de rentrer chez moi. Mais c’est où, la France. C’est quoi, la France ?

1. « J’y suis allé, j’ai fait ça et j’ai ramené le tee-shirt. »

2. « Espèce de malades. »

@flore vasseur - « une fille dans la ville » - Edition des équateurs, Sept 2006

S’il n’y avait qu’une chose à retenir de tout cela : le complexe de Dieu

Ma chronique sur France Culture du 19 juillet 2011

C’est la saison des aurevoir ou plutôt, ici et maintenant, des adieux et forcément, j’ai le cœur gros de lâcher ce micro. Alors pour cette chronique, plutôt que de vous parler de tout ce qui va mal, de cet été et de cette rentrée de tous les dangers, j’ai plutôt envie de partager avec vous un compte rendu express, tout frais, de mon voyage au paradis des idées et des rebelles du Cogito, je veux parler de la Conférence TED qui se déroulait la semaine dernière en Ecosse.

Cette conférence est une sorte de pilule verte contre le misérabilisme ambiant et je dois dire que cette année, j’en ai pris plein les yeux et plein le cœur. A TED cette année, on a célébré la vie, sa formation, ses contradictions, sa beauté et donc bien évidement, on a beaucoup parlé d’exigence, d’inconnu, d’amour et même de mort. A TED, ce qui compte, c’est moins les idées, ni même les personnes. Ce qui est formidable, c’est l’incroyable énergie de questionner, de remettre en cause le statu quo, et de tenter de réaliser un rêve : voler comme un oiseau, devenir une rock star, découvrir une planète, apaiser un mourant, sauver le monde. Il ne s’agit pas d’avoir raison mais d’être bien vivant dans une société qui, parce que c’est plus pratique et surtout plus rentable, standardise tout et nous transforme en zombie. Pour preuve, je vais vous raconter - trop brièvement - l’histoire de deux intervenants à TED qui ont refusé d’être des zombies.

Bunker Roy, un indien à la soixantaine enlevée, est venu détailler les « 45 années de son histoire d’amour » - c’est comme cela qu’il la définit - avec les pauvres. Sur-diplomé, de caste élevée, il envoie balader à 25 ans sa carrière diplomatique pour construire des puits dans les villages. Sa maman frôle le coma mais peu importe, il crée le Barefoot college dans lequel on accepte tout le monde sauf les diplômés. Les écoles sont construites par les villageois eux-mêmes, les enseignements sont définis en fonction de leurs besoins concrets. On forme des architectes, des ingénieurs spécialistes en panneaux solaires et même des dentistes. Dans les 37 pays dans lequel il est désormais présent, Barefoot investit sur des talents à haut potentiel : les grands mères. Et ça marche ! Dans ces villages lâchés par la globalisation, il y a maintenant l’électricité, des écoles, des médecins qui ont poussé de manière organique.

Second exemple : Nadia Al Sakkaf, avait tout pour passer sa vie derrière une Burka. Yéménite, trentenaire, elle a repris la rédaction en chef du Yemen Times pour succéder à son père, qui venait d’être assassiné. Le Yemen Times, c’est une goutte d’eau dans l’océan d’info, mais c’est le seul espoir d’être entendue pour une génération qui aspire à la liberté.

Comme Burner Roy, ou Nadia Al Sakkaf, cette année la conférence avait ses inconnus éblouissants mais aussi ses rocks stars, comme le pianiste Balezs Havasi ou l’historien Niall Freguson, le philosophe Alain de Botton. La conférence avait ses gadgets, la voiture qui vole, le robot qui danse, le bracelet qui fait maigrir. TED avait surtout son message : la vie est une succession de tentatives et d’échecs. Pour gérer la complexité de notre monde, il faut dégommer ce que Tim Harford appelle le « complexe de Dieu », la conviction de tout savoir même quand on y comprend rien. Tentative, échec, tentative, échec… attitude gagnante dans un monde qui prend l’eau ? Un petit conseil chers auditeurs : dans les mois à venir, méfiez vous comme de la peste des politiciens débarquant avec leur arsenal de remèdes miracles. Le défi du 21ème siècle c’est sortir de soi et de ce que l’on sait, c’est partir à l’aventure, même si on vous barre la route ou que, pour des raisons qui vous dépassent, et je pense le dire sans amertume, on vous coupe le micro. Car c’est presque un processus normal. Merci donc à vous Marc Voinchet d’avoir fait une place à mes idées. Et chers auditeurs, chers lecteurs votre attention fut le plus précieux des cadeaux.

Je vous laisse donc avec cette citation de Mark Twain : « Ne te sépare jamais de tes illusions. Quand elles disparaissent, tu existes peut être toujours mais tu as cessé de vivre ».

Update 1 : l’intervention de Nadia Al Sakkaf est déjà en ligne sur le site de TED : http://www.ted.com/talks/nadia_al_sakkaf_see_yemen_through_my_eyes.html

Update 2 : Avec sa “reckoning song” (la 5), Asaf Avidan, un chanteur israelien, a mis l’audience de TED en émoi (et moi, à terre). Je vous laisse découvrir : http://www.deezer.com/listen-5105087

Zizeck et Assange, sur la violence et le terrorisme

Ma chronique sur France Culture du 12 Juillet 2011

DSK n’arrive pas à ouvrir la porte de son Riad new yorkais et les télévisions nous recrachent les 3 minutes de ce suspens impossible à une heure de grande écoute. Il y aurait du césium radioactif dans l’eau de Tokyo et personne ne parle plus vraiment de ce pays. Là bas, tout ce printemps un Tokyoïte français s’est excité, seul face à la caméra de son ordinateur. Il a hurlé contre la désinformation en cours. Il a peur pour lui, ses enfants. Ses vidéos, postées sur youtube, disparaissent, le plus souvent. Il est seul, comme une voix dans la nuit, loin, si loin de notre pays tout acquis à la cause du Tour de France. C’est Alex in Tokyo qui nous dit que nous n’avons jamais été aussi informé et pourtant, que nous ne savons rien, ou si peu. Les media se perdent dans le décorticage des minis drames inutiles des célébrités quand le monde réel, celui qui nous explose à la figure, est ignoré. Ou si mal considéré.

Ce constat a servi de point de départ en février 96 au programme d’information alternatif et sans publicité ni même argent de l’Etat Democracy Now. Aucune tutelle donc et du coup, pas de copain, ni de blonde plantureuse ni de jeunes loups hyper brushés à l’antenne. Amy Goodman, une journaliste d’une soixantaine d’année tient le micro depuis le studio de TV rafistolé dans une ex caserne de pompier de Chinatown, à New York. Elle montre chaque semaine que l’information se bat, comme le vrai beurre, à la force du poignet. Amy Goodman était à Londres il y une dizaine de jours pour un débat peu évoqué dans les « media », entre Slavoj Zizeck, le psychanalyste philosophe slovène, et Julian Assange, l’homme de WikiLeaks. Elle a animé la discussion de deux heures dédiée à l’état de l’information et du travail du journaliste aujourd’hui.

1800 personnes étaient rassemblées dans un théâtre Art Déco de la banlieue de Londres, entre l’élection de Miss England et un concert de Morrissey. De fait, la conversation, retransmise sur internet aurait pu sombrer dans le n’importe quoi (même si j’adore Morrissey)Assange avait mis aux enchères les places de son déjeuner qui précédait le débat // Zizeck ne parvenait pas à retenir ses blagues souvent assez douteuses. Passé cela, le débat, entre le “Elvis de la théorie culturelle” selon le New York Times et le “terroriste High Tech” selon Joe Biden, était passionnant. Notamment de la part de Zizeck.

D’abord d’ailleurs sur l’idée du terrorisme, Zizeck s’exclamant au sujet de Assange « D’une certaine façon, vous êtes bien un terroriste, de la même manière que Gandhi était terroriste. Il a essayé de mettre un terme à la façon dont les britanniques opéraient en Inde. Et vous, avec WikiLeaks, vous essayez de rompre avec la façon dont les informations circulent. »

Ensuite sur l’idée de violence : « Quand nous pensons à la violence, au terrorisme, nous pensons toujours aux actes qui interrompent le cours normal des choses. Mais que penser de la violence que le système doit déployer pour que, chaque jour, les choses fonctionnent ? » Et de fait, il en faut de l’énergie et des coups bas. « Le monde n’est pas doux », s’excusait presque le patron du Bilderberg il y a un mois.

De fait, toujours pour Zizeck, « il ne s’agit pas de savoir si vous – Assange - êtes au fond, quelqu’un de bon ou non. Mais si vous êtes un terroriste, comment définir ceux qui vous accusent d’être un terroriste ? ». C’est la vraie question qui rappelle la phrase de Bill Mc Kibben, un activiste environnemental qui a coutume de rappeler à ses équipes : «  nous ne sommes pas les extrémistes dans cette bataille ». On peut lui faire confiance : il se cogne depuis des années le lobby de l’industrie dès qu’il parle de pollution.

Paradoxalement, le fait qu’il y ait castagne, le fait qu’il y ait une censure dans les media est une bonne nouvelle. Cela prouve qu’il y a encore des choses susceptibles d’être entendues, que le contenu, en tant qu’industrie, n’a pas encore gagné, que nous sommes pas encore tout à fait anesthésiés. D’ailleurs, c’est le seul espoir de Zizeck : « Il y a des personnes tout à fait ordinaires qui tout à coup, comme par miracle, se mettent à faire quelque chose de merveilleux».

Ordinaire ou pas, Assange a du filer à Beccles, le lieu de sa résidence surveillée avant le couvre feu de 18 heures qui lui est imposé chaque jour depuis 6 mois. Il saura aujourd’hui s’il est extradé pour être jugé en Suède pour viol. Partant de là, il risque d’être extradé aux Etats Unis, pour espionnage.

Pour aller plus loin :

Democracynow.org