Flore Vasseur Blog
Dette, climat : ça sent l’affolement

Ma chronique sur France Culture du 21 juin 2011

Dans la série, pour régler les problèmes du monde, j’agite ma baguette magique, voici venue la géo-ingénierie. Il s’agit, miracle de la science, de combattre le changement climatique par des solutions technologiques. C’est vrai ça, après tout, pourquoi s’enquiquiner à changer nos comportements, la voiture, la chaudière, pourquoi prendre des douches, arrêter la viande, le made in China et les bouteilles en plastique quand tout peut être résolu par la technologie. Elle est pas belle la vie ? Un coup de géo-ingénierie et ça repart !

Il y aura une bonne douzaine de solutions miracles qui excitent scientifiques et businessmen. Car c’est comme avec la dette, si pour une très large majorité le dérèglement climatique est une catastrophe, pour une poignée de lascards, la catastrophe c’est une opportunité d’affaire en or. Pensez donc : et si on injectait des sulfates dans l’atmosphère pour la refroidir. Et si on blanchissait les nuages pour qu’ils absorbent mieux les rayons solaires ? Mieux, et si ceux-ci étaient stoppés net par un miroir géant en équilibre (à un point de Lagrange) dans l’atmosphère ? Et pour se débarrasser du CO2, si on construisait des tours géantes, sortes de cheminée montant jusqu’au ciel pour le rejeter très très loin de notre toute petite planète ? Alors magie ou pur délire ? Je vous laisse choisir.

Car voilà autant d’idées sur lesquelles planchent une soixantaine de chercheurs et de politiques du GIEC réunis ces jours-ci à Lima. Le GIEC, c’est l’organe inter-gouvernemental d’évaluation des informations scientifiques, technologiques et socio-économiques sur le climat. Une entité, qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 2006 avec Al Gore mais dont la crédibilité a été lourdement entachée par son manque de rigueur et des soupçons de collusion. Le GIEC avait d’ailleurs rejeté en bloc la géo-ingénierie dans son dernier rapport en 2007. Mais voilà, le temps presse et les comportements eux, individuels et collectifs ne changent pas. Pour Christina Figueras, Madame climat à l’ONU, « nous rentrons dans un territoire effrayant » : les émissions de CO2 continuent d’augmenter (+5 en 2010, selon l’Agence Internationale de l’énergie) malgré les promesses et engagements. Les politiques de réduction d’émission de gaz à effets de serre ne fonctionnent pas. Alors quand un accord politique ne peut se faire, contre l’inertie humaine il reste le sacro-saint progrès technique. Peu importe que personne n’ait étudié les couts, effets secondaires, risques et même efficacité de ces solutions. A Lima, le GIEC va expédier cela en deux jours chrono comme il expédiera la question de la gouvernance de ces solutions et déséquilibres géopolitiques potentiels. Cela sent méchamment l’affolement. Ultime déni tout en haut du précipice : pour sauver le monde Bah… il doit bien y avoir un appli Iphone non ?

Mais pourquoi alors que le sort de la Grèce mettrait en péril l’économie mondiale, acculant, par effet domino, l’Euro et l’Europe à l’implosion, pourquoi vous parler de panneaux solaires géants et autres dioxide de souffre ? Parce que précisément, c’est la même chose, le même renoncement. D’un côté, on veut régler le problème de la dette grecque avec plus de dette. De l’autre, on veut régler le problème du dérèglement climatique, lié en grande partie, au formidable essor de la technique, avec plus technique. Et dans les deux cas, on va créer de nouveaux problèmes, une situation de moins en moins compréhensible ou tenable. Deus ex machina.

En climat comme ailleurs, les gouvernements vont déballer l’artillerie, les artifices, les planches à billets qui illusionnent, les cures d’austérité qui achèvent. Tout, au fond, sauf dire que l’on a eu tort, que l’on s’est trompé. Tout, au fond sauf revenir sur cette idéologie du no limit, après moi le déluge, après moi l’enfer. Tout au fond sauf admettre que l’on est au bout d’une logique, d’un système mortifère qui confond toujours plus et toujours mieux. Tout au fond sauf dire qu’il y a peut être une alternative mais qu’elle coûte cher. Surtout politiquement.

Les pépins de la colère

Ma chronique sur France Culture du 31 mai 2011

Je ne sais pas si vous avez vu ces images de pastèques qui se mettent à exploser. Tout à coup, des morceaux d’écorce ou de chair volent tandis que le reste du fruit agonise, se dévidant de son sucre et de ses pépins bizarrement blancs. Cela se passe en Chine suite à l’utilisation, par des agriculteurs sous pression de rendement, d’un accélérateur de croissance, le forchlorfenuron, une substance chimique parfaitement légale. Il y a dans ces images de pastèques bombesques quelque chose d’éminemment, comment dire… émouvant et familier. Je m’explique.

Chaque jour, les citoyens européens grossissent les rangs de ce mouvement des « indignés », en Espagne, Italie, France et en Grèce. Depuis mercredi dernier, à Athènes, des manifestants occupent la place de Syntagma, en face du Parlement. Dimanche, il y aurait eu jusqu’à 100 000 personnes. Elles avaient manifesté il y a un an contre la cure d’austérité imposée par la Banque Centrale Européenne, l’Europe et le FMI en l’échange du premier prêt de 110 milliards d’euros. Cela n’a pas suffit. A 26% le taux d’intérêt à deux ans, la Grèce ne peut se financer sur les marchés. Le pays a deux options : le renflouement par ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la Troika (UE, FMI, BCE), ou le défaut de paiement, la faillite. Celle-ci aurait des répercussions démentielles au sens d’imprévisibles. Quand une personne ou une entreprise fait faillite, il y a des lois, une procédure ; mais dans le cas grec, le cas d’un pays, on est dans le no man’s land.

La dite Troika pose donc ses conditions pour un nouveau prêt : privatisation express - et donc à la casse - des entreprises publiques lesquelles elles, seraient plutôt en bonne santé. On dit que les vautours tournent dans le ciel de l’Acropole : Deutsche Telecom lorgnerait sur OTE, le France Telecom local, le PMU convoiterait son alter ego grec. Même les iles et les plages seraient à vendre. Pour le Financial Times, il s’agit d’une annexion économique d’un pays. Mais cette manœuvre inédite en démocratie ne fait que reporter le problème. Car au fond, aujourd’hui, demain, après demain qui va payer ? Personne ne sait. Peter Sloterdijk dans le Monde ce week end ne le disait pas autrement : « le créditisme » (notre civilisation basée sur le crédit comme capacité d’amener à un avenir tenable), le créditisme - que personnellement je rapprocherais assez volontiers du crétinisme - est entré dans une crise finale : la promesse du remboursement sur laquelle repose le sérieux de notre construction du monde ne peut être tenue ».

Place Syntagma des manifestants campent signifiant que leur pays n’est pas à vendre. Rappelons d’ailleurs que la décision de se mettre ou pas en faillite appartient aux grecs, pas à la Troika. Pour l’heure, les politiques décrédibilisent les revendications populaires à coup de commentaires parternalo-complaisants, du type de celui du Premier Ministre grec Theodoros Pangalos à savoir : « c’est un mouvement sans idéologie ni organisation qui se base sur un seul sentiment : la rage ».

Et alors ? Réduire le mouvement d’indignation à une poussée fièvre adolescente, évacuer les rassemblements à la Bastille ou à Barcelone ne règleront pas le problème. La bonne colère dit Aristote, c’est le sentiment qui accompagne le désir de justice. Cela commence probablement par l’idée de se réapproprier son destin. A ce sujet, grecs comme espagnols ne manquent pas de propositions comme, outre le départ du FMI, la levée de l’immunité parlementaire et la création d’une commission d’enquête sur la dette souveraine. On comprend que cela n’est pas confortable pour tout le monde. Car qu’est-ce qui pose vraiment problème ? L’emprise de la finance ou l’incapacité des politiques à faire primer l’intérêt général ?

Ne nous méprenons pas : nos pays sont des grosses pastèques shootées à l’accélérateur de croissance, à savoir, la dette poudre aux yeux et à la consommation sèche-pleurs. Et dans l’affaire, c’est nous les pépins. Blancs de rage. Et peut-être pas si crétins.

Boulettes et compagnie

Ma chronique sur France Culture, le 1er juin 2010

A l’occasion de la venue de Pierre Hassner et Christophe Jaffrelot

Cette semaine, Barack Obama s’est rendu, entre autres, sur une plage de Louisiane. Mâchoire serrée, il s’est accroupi sur le sable. Il a saisi une boulette de pétrole, les photographes ont mitraillé. Cliché pour l’éternité. En regardant la boulette, Obama semblait vert de rage. Mais à quoi pensait-il, l’homme du « Yes we can ». Jusqu’à présent, il avait été pompier mondial. Il avait sauvé les banques, l’automobile, imposé au forceps une sécurité sociale pour tous. Aujourd’hui, la Louisiane exige une intervention de l’armée pour stopper la catastrophe. Obama doit réparer une fuite au fond des mers. C’est plus dur que d’intervenir sur la Lune, s’excuse-t-il. En regardant cette boulette à quoi pensait-il ? A « J’en peux plus » ? Le Président nord-américain était pompier mondial. Il devient plombier de l’univers. Ce pétrole qui s’échappe du centre de la terre lui rappelle chaque jour chaque seconde combien il est impuissant. A colmater la brèche, à réformer Wall Street, à discipliner un capitalisme qui à force de chercher son profit immédiat, écrase tout ce qui passe. Et contre lequel il ne peut rien. Que voit Barack Obama dans cette boulette ? La somme de ces échecs. Le pétrole fuit, englue et asphyxie. La mélasse se répand sur l’American dream. Il s’agissait de grimper l’échelle sociale grâce au travail. Aujourd’hui il faut garder son travail pour enrayer sa propre chute. Tout sauf le chômage. Comme le disait un directeur marketing de Cleveland, « j’ai gardé mon travail, j’ai juste perdu mon salaire ». Du jour au lendemain, il est passé d’employé à « consultant » : il a rejoint la cohorte de freelance, auto-entrepreneurs, dirions nous en France. Salaire réduit de moitié, plus de mutuelle. C’est l’emploi Canada Dry. ça a l’apparence d’un vrai job. C’est de la précarisation accélérée planquée sous les bonnes annonces des chiffres. Ceux qui sont faits pour plaire aux marchés. Avec eux, le cynisme n’a peur de rien, il s’affiche en Une. Le Monde, le journal, titrait hier, franco de port : « Crise grecque : pas de conséquences pour les ventes d’armes.». Nous voilà rassurés ! Fichtre, c’était donc ça le but de cette soudaine solidarité européenne. Des mauvaises langues prétendent que la France aurait conditionné sa participation au plan de sauvetage de la Grèce en l’échange de la bonne signature et exécution des contrats d’armement. C’est vrai qu’on était à deux doigts de l’exploit historique : leur vendre un Rafale. « Tout est possible » disait on, disait-il. « Surtout rien » répondrait Houellebecq. Tout est possible ces jours-ci, surtout pour DSK qui soigne sa cote de popularité. Il pourra se targuer d’être le Président du FMI le plus efficace de tous les temps : crise, plans de sauvetage et prêts en tout genre aidant, il a multiplié par quatre le bénéfice de l’organisation La crise n’est vraiment pas pour tout le monde. Pas pour Apple en tous les cas. Son Ipad qui s’est écoulé à 1 million d’exemplaires, débarque en France. « Objet magique » dit la presse qui s’en délecte et pense enfin tenir une bonne nouvelle. « Si la marque se décidait à sortir une gamme de caleçon, j’en porterais un aussi ».avoue un acheteur. Même le Parlement Européen est tombé dans le formidable plan de com’. Pour lutter contre l’absentéisme en classe, pardon, je veux dire au Parlement, il a été projeté d’équiper chacun des parlementaires de l’ardoise électronique. Bref, on a besoin de ré enchanter le monde. Ouf, tout va bien, Apple est là. Neuf morts sur un bateau au large de Gaza ? Boulette de Tsahal, catastrophe humaine, feu aux flammes. C’est révoltant, pas clair, affreux, tout ce que vous voudrez. Mais c’est tellement mieux, paraît-il, sur une tablette électronique. Alors, « Civilisation ou Barbarie ? » se demandait Pierre Hassner, dans son livre « La violence et la paix ». La réponse écrit-il dépend de notre capacité de secourir les victimes, de secouer l’ignorance et l’indifférence d’un Occident satisfait. Mais satisfait de quoi au juste ? De ses boulettes ? Alors “Civilisation ou Barbarie” ? Cela paraît vraiment d’actualité.

Nos temps supersoniques

 

Ma chronique du 11 mai sur France Culture

Cette semaine, les marchés ont voulu voir ce que l’Europe avait dans le ventre. Et tout le monde s’est fait peur. Retour sur une semaine de tous les dangers :Mardi et Mercredi : une rumeur douche les marchés : les agences de notation financière s’apprêtent à dégrader la note du Portugal et de l’Espagne. Zapatero dément par communiqué. Au cœur d’Athènes au même moment, trois personnes décèdent dans l’incendie d’une agence bancaire. La TV crache des images de foules aux abois. L’Euro plonge à la verticale.

Jeudi : L’Italie serait à son tour un pays dit « pourri ». Paul Krugman, Prix Nobel d’Economie parle « d’éclatement probable de la zone Euro ».

Jeudi toujours à New York à 14h40 : une erreur informatique, un acte malveillant, à moins que cela soit un krach, fait tanguer Wall Street. Confondant millions et milliards, un trader aurait placé un ordre délirant de vente. Réactions immédiates et en chaine des milliers d’ordinateurs qui calculent, à la nano seconde près, la position optimale : Vendre. Les opérateurs – des machines donc - dégazent en masse ces actions qui semblent brûler les doigts. En seulement dix minutes, quelque 1,3 milliard de titres sont échangés. On parle de rafales. Le Dow Jones s’effondre sur lui même. Accenture, le géant de l’audit, perd 99% de sa valeur. Imaginez-vous à la tête d’une entreprise de plus de 180 000 employés, fierté du capitalisme pur souche. Dans votre bureau avec moquette triple épaisseur, les trophées de grand patron devant l’éternel s’alignent sur l’étagère vitrée. Allez, un concorde miniature trône sur votre bureau, cadeau offert par la compagnie aérienne lors de votre 50ème aller/retour.

Vous êtes assis sur un chiffre d’affaires de 22 milliards de dollars. Vous passez un coup de fil en regardant par la fenêtre et quand vous raccrochez, tout le monde veut vous parler. Votre société a quasiment disparu. Elle vaut un cent.

Vendredi : Soupçonnées de posséder des titres de la dette grecque, d’être ainsi « exposées », les valeurs des banques européennes dégringolent à leur tour. Englué jusqu’aux épaules dans la nappe de pétrole qui avance vers la Louisiane, Obama comprend : si les Etats européens ne sont pas capables d’honorer leurs engagements, toutes les institutions financières vont trinquer. Et la croissance américaine se faire asphyxier par un mauvais vent d’Est. Obama décroche son téléphone. Il motive Sarkozy, convaint Merkel. Il faut agir avant la ré-ouverture des cotations. Il appelle la chancelière trois fois dans le week end. Elle perd les élections, doit se soumettre à un plan européen qu’elle ne voulait pas.

Cette semaine, on a eu la confirmation d’un monde à trois vitesses : celle des marchés qui bougent au rythme de la nano seconde, celle des chefs d’état à la ramasse qui courent derrière et celle des populations qui trinquent à tous les étages. Rigueur ou pas, Plan d’austérité + plan social, c’est la double peine de la classe moyenne qui comprend, éberluée, la main mise des marchés sur son quotidien.

Dans nos économies hyper développées, tout est chiffres magiques et communiqués. Les milliards sortent de nulle part, l’Europe est sauvée. Ca reste à démontrer. Les bourses applaudissent. Mais jusqu’à quand ? Les gouvernements ont éteint l’incendie. Il faudrait surtout apprendre à se servir des dernières allumettes.

Nous vivons une formidable accélération de l’histoire. Ce sont des temps supersoniques. Pour décrire ce plan « historique » européen, Madame Lagarde, qui figure à nouveau dans le Palmarès des 100 personnes les plus influentes au monde du magazine Time, évoquait hier une fusée à deux étages. Un étage de prêt, un étage de garantie. Mais où va cette fusée ? Et surtout : qui pilote ?

 

Pour écouter toute la matinale : http://www.franceculture.com/emission-les-matins-christine-lagarde-2010-05-11.html

 

Acropolis now

Ma chronique sur France Culture le 3 mai 2010 

  Suite et jamais fin du combat de boxe « Planète financière » contre le reste du monde.

J’étais ce week end à la Foire de Paris. Vous savez cet endroit formidable où l’on trouve tout pour râper les carottes sans se fatiguer. J’ai vu une peinture d’extérieur qui s’auto nettoie avec la pluie. Ou encore plus fort, un aspirateur qui se déplace et travaille tout seul, telle une soucoupe volante à deux centimètres du sol. A la foire de Paris, donc ce week end, la vie était magnifique : à l’image de cet aspirateur libéré de l’homme, elle promettait un monde sans effort.

Au même moment, ce 1er mai, les étudiants de l’Unef scandaient sur un pavé parisien tétanisé par le retour de l’hiver. « Education pour tous, retraite à soixante ans, sinon ca va péter ».

Au même moment à Athènes, Papandreou concédait à un plan de rigueur monstre, pudiquement nommé « programme d’ajustement ». Ce plan est au social ce qu’est le régime détox à l’organisme : un coup de fouet qui donne la colique et rend fou. DSK, grand manitou de l’opération, se déclarait hier « admiratif de l’extrême rigueur choisie à Athènes ». C’est oublié que pour plaire aux marchés, Papandréou n’avait pas le choix. C’est oublié surtout que la population n’a pas encore organisé sa réponse. « S’il le faut, je descendrai dans la rue avec un couteau » a indiqué un fonctionnaire grec à la correspondante du Monde. La Grèce aujourd’hui, l’Europe demain matin, semblent en passe de devenir le terrain de jeu du « capitalisme du désastre » de Naomi Klein. Un néo-libéralisme qui profite des crises pour balayer tout ce qui empêche sa progression : couverture sociale, services publics notamment. « Ca va être la guerre » dit le garçon de café. The Economist, bible du libéralisme, ne s’y est pas trompé. Sous le titre « Acropolis now », le magazine détourne cette semaine l’affiche du Chef d’œuvre de Francis Ford Coppola : « Apocalypse now ». Sur fond d’Acropole au soleil couchant, les hélicoptères du FMI déboulent, menaçant, sur la capitale grecque. Angela Merckel en treillis, le regard méchant, reprend la ligne de Marlon Brando « l’horreur, l’horreur, l’horreur ». En Grèce, les dirigeants européens et le FMI ont fini par dégainer l’artillerie. Manque plus que la Chevauchée des Walkyrie. C’est the Economist, et pas l’humanité, qui le dit.

Ces derniers mois, on dénonce beaucoup l’a-moralité ou l’immoralité des marchés, leur emprise sur nos économies, sur nos vies. On dénonce leur vision court terme, égoïste. Leur cupidité. On oublie qu’en face, il n’y a pas eu, depuis longtemps, de pouvoir politique pour leur résister.

Nos gouvernements crient aujourd’hui, telle des vierges effarouchées en stigmatisant ses méchants marchés responsables de tout. Toutes ces années d’envolée de la dette souveraines, ils ont fait preuve, pour le dire gentillement, d’amateurisme. Epatés qu’ils étaient par cette finance qui a rapporté aussi de nombreux point de PIB. Sacro saint PIB. Mais, la vision court-termiste, clientéliste n’est pas l’apanage des marchés. Elle est devenue mantra de société. En politique, la cupidité porte un nom: électoralisme. Faute de courage politique, c’est à dire de capacité à légiférer sans viser l’élection d’après, on en vient, comme en Grèce, à réformer au bord du gouffre et dans le sang. Dans ce capitalisme du désastre, tout le monde est perdant.

Alors, après l’affolement, l’électoralisme et l’amateurisme, les aspirateurs soucoupes volantes et le plein emploi pour tous les électeurs jusqu’à la retraite dorée, l’heure des responsabilités n’a-t-elle pas sonné ?