Ma chronique sur France Culture du 19 juillet 2011
C’est la saison des aurevoir ou plutôt, ici et maintenant, des adieux et forcément, j’ai le cœur gros de lâcher ce micro. Alors pour cette chronique, plutôt que de vous parler de tout ce qui va mal, de cet été et de cette rentrée de tous les dangers, j’ai plutôt envie de partager avec vous un compte rendu express, tout frais, de mon voyage au paradis des idées et des rebelles du Cogito, je veux parler de la Conférence TED qui se déroulait la semaine dernière en Ecosse.
Cette conférence est une sorte de pilule verte contre le misérabilisme ambiant et je dois dire que cette année, j’en ai pris plein les yeux et plein le cœur. A TED cette année, on a célébré la vie, sa formation, ses contradictions, sa beauté et donc bien évidement, on a beaucoup parlé d’exigence, d’inconnu, d’amour et même de mort. A TED, ce qui compte, c’est moins les idées, ni même les personnes. Ce qui est formidable, c’est l’incroyable énergie de questionner, de remettre en cause le statu quo, et de tenter de réaliser un rêve : voler comme un oiseau, devenir une rock star, découvrir une planète, apaiser un mourant, sauver le monde. Il ne s’agit pas d’avoir raison mais d’être bien vivant dans une société qui, parce que c’est plus pratique et surtout plus rentable, standardise tout et nous transforme en zombie. Pour preuve, je vais vous raconter - trop brièvement - l’histoire de deux intervenants à TED qui ont refusé d’être des zombies.
Bunker Roy, un indien à la soixantaine enlevée, est venu détailler les « 45 années de son histoire d’amour » - c’est comme cela qu’il la définit - avec les pauvres. Sur-diplomé, de caste élevée, il envoie balader à 25 ans sa carrière diplomatique pour construire des puits dans les villages. Sa maman frôle le coma mais peu importe, il crée le Barefoot college dans lequel on accepte tout le monde sauf les diplômés. Les écoles sont construites par les villageois eux-mêmes, les enseignements sont définis en fonction de leurs besoins concrets. On forme des architectes, des ingénieurs spécialistes en panneaux solaires et même des dentistes. Dans les 37 pays dans lequel il est désormais présent, Barefoot investit sur des talents à haut potentiel : les grands mères. Et ça marche ! Dans ces villages lâchés par la globalisation, il y a maintenant l’électricité, des écoles, des médecins qui ont poussé de manière organique.
Second exemple : Nadia Al Sakkaf, avait tout pour passer sa vie derrière une Burka. Yéménite, trentenaire, elle a repris la rédaction en chef du Yemen Times pour succéder à son père, qui venait d’être assassiné. Le Yemen Times, c’est une goutte d’eau dans l’océan d’info, mais c’est le seul espoir d’être entendue pour une génération qui aspire à la liberté.
Comme Burner Roy, ou Nadia Al Sakkaf, cette année la conférence avait ses inconnus éblouissants mais aussi ses rocks stars, comme le pianiste Balezs Havasi ou l’historien Niall Freguson, le philosophe Alain de Botton. La conférence avait ses gadgets, la voiture qui vole, le robot qui danse, le bracelet qui fait maigrir. TED avait surtout son message : la vie est une succession de tentatives et d’échecs. Pour gérer la complexité de notre monde, il faut dégommer ce que Tim Harford appelle le « complexe de Dieu », la conviction de tout savoir même quand on y comprend rien. Tentative, échec, tentative, échec… attitude gagnante dans un monde qui prend l’eau ? Un petit conseil chers auditeurs : dans les mois à venir, méfiez vous comme de la peste des politiciens débarquant avec leur arsenal de remèdes miracles. Le défi du 21ème siècle c’est sortir de soi et de ce que l’on sait, c’est partir à l’aventure, même si on vous barre la route ou que, pour des raisons qui vous dépassent, et je pense le dire sans amertume, on vous coupe le micro. Car c’est presque un processus normal. Merci donc à vous Marc Voinchet d’avoir fait une place à mes idées. Et chers auditeurs, chers lecteurs votre attention fut le plus précieux des cadeaux.
Je vous laisse donc avec cette citation de Mark Twain : « Ne te sépare jamais de tes illusions. Quand elles disparaissent, tu existes peut être toujours mais tu as cessé de vivre ».
Update 1 : l’intervention de Nadia Al Sakkaf est déjà en ligne sur le site de TED : http://www.ted.com/talks/nadia_al_sakkaf_see_yemen_through_my_eyes.html
Update 2 : Avec sa “reckoning song” (la 5), Asaf Avidan, un chanteur israelien, a mis l’audience de TED en émoi (et moi, à terre). Je vous laisse découvrir : http://www.deezer.com/listen-5105087
