Flore Vasseur Blog
Si j’étais MOF (en tous les cas sur Facebook)

Voici donc les idées postées sur mon fil Facebook à la suite de mon « annonce ». La moindre des choses pour prolonger ce travail collectif (175 contributions) était de tenter de regrouper les idées postées par thématique. C’est chose faite ci-dessous (pardon pour les doublons et les fautes d’orthographe, je laisse les idées dans leur « jus »). Pardon aussi pour les éléments trop techniques que je n’ai pas intégrés car je ne sais pas encore bien les imbriquer. Pour les thématiques, c’est un ordre un peu arbitraire même si j’y vois une certaine progressivité.

A tous ceux qui considèrent que l’exercice ne sert à rien sous prétexte entre autres qu’il ne prend pas en compte la réalité (« un MOF n’a jamais carte blanche »), je dirais que c’est l’argument premier pour ne rien faire et surtout ne rien penser. Nous sommes très nombreux à critiquer. Visiblement, vous êtes nombreux à vouloir faire des propositions. La complexité est toujours l’argument que l’on avance à ceux qui tentent de comprendre. C’est imparfait, pas exhaustif, biaisé mais au moins, cela sort ! Merci encore à tous ceux qui ont pris de leur temps pour partager leurs idées. Et bien sur, on peut totalement poursuivre ici ou sur FB, lequel à mon petit niveau, a trouvé une utilité inattendue. Je me mets donc au travail et vous tiens au courant quand le résultat final sera prêt. Merci encore !

A : REGULATION DES MARCHES

  • Re séparer les banques d’affaires et les banques de dépôt
  • Mettre à jour l’escroquerie des agences de notation, en les obligeant à s’expliquer sur leur procédés de calculs, et ce, y compris sur la période qui a précédé 2008. Faire une bonne publicité au rapport.
  • Réglementation de l’entrée en bourse des sociétés Interdiction des ventes à découvert…
  • Limitation du nombre d’ordres pouvant être émis par les machines…
  • Suppression de l’anonymat des transactions financières… 
  • Limiter la spéculation abusive, dans le sens short term.
  • Réguler le trading automatique (dans le sens ou les ordres sont passées massivement depuis des megaordinateurs dans les grandes banques d’investissement suivant les effets d’annonce), ca pour aller plus en avant que la nécessaire taxe Tobin. 

B : MODIFICATION DU SYSTEME BANCAIRE

  • création d’un compte bancaire “référent” pour chaque individu qui regroupe tous les mouvements effectués sur tous ses comptes, tous ses revenus
  • Nationalisation de certaines banques,

C: MONNAIE

  • Récupération de la possibilité d’emprunter (de manière encadrée) à la banque centrale.
  • promotion des monnaies locales
  • Sortie de l’euro, retour au francs, ré-attribution de ses prérogatives à la Banque de France d’émettre sa monnaie, puis dévaluation pour relancer notre vieille économie à bout de souffle.
  • Négociation pour le changement de statut de la BCE me semble une des priorités.
  • Accord international pour un retour à l’étalon-or 
  • Abroger la loi Pompidou de 1973. Le reste suivra tout seul.
  • Equilibrer la dépendance au dollar, et pour cela, la France, l’Europe pour devenir un fer de lance international d’une monnaie indexée sur les monnaies principales (Real, Yuan, Euro, Dollar, Ruppies etc, voir les articles édités en 2008-2009 sur tout ces sujets)
  • on diversifie la création monétaire et on la fleche vers des vraies besoins en ouvrant des monnaies nationales/régionales complémentaires avec @Philippe Derruder, Frédéric Bosqué et Jean-François Noubel ;
  • Dévaluation de la monnaie une remise à zéro des compteurs, et des banques. Dans ce cas il faudrait réconnecter les monnaies à l’étalon-or comme c’était le cas avant 1971.

D : DETTE

  • Annulation simultanée de la dette de tous les états, fermeture des bourses
  • Reprendre la souveraineté de la dette, demander au français cet effort financier pour retrouver leur voix et leur souveraineté dans leur propre pays. Les entreprises seraient bien a même d’y prendre part.
  • Remboursement de la dette actuelle par un emprunt à la banque de france à taux 0 qui serait garanti par l’épargne des francais puis sortir de l’union européenne pour retrouver une complète indépendence
  • Moratoire sur la dette afin de savoir si toute elle est légitime et si elle ne provient pas justement d’un système fait pour créer de la dette
  • Faire racheter la dette par la BCE ??? (les allemands n’en veulent pas).
  • Etablir les niveaux de la dette nette (la France est débitrice de l’Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon qui sont peu ou prou les mêmes dont la France est créditrice.)

E : FISCALITÉ

  • Taxation de tous les produits importés à concurrence du coût de notre système de protection sociale.
  • Nourriture et énergie produites dans un rayon de x km, taxation prohibitive sur tout le reste.
  • Triplement des effectifs des fonctionnaires des impôts , et évidemment réforme complète de l’impôt:
  • 100% de prélèvement au delà de 5000 euros de revenu par mois,
  • 100keuros maximum par enfant lors des successions, tout le reste revient dans pot commun
  • Impot sur les successions a 100% (du coup, plus besoin d’IR, ni IS (ni TVA et autres taxes)). A condition de tenir une generation, redistribution complete…
  • Installation d’antennes de lutte contre l’évasion fiscale dans les zones du pays ou il y a plus d’entreprises que d’habitants (par exemple Monaco?). Les équipes des détection sont “sous-staffés” par rapport aux besoins, ce qui pose en aparté le problème de la mobilité des cadres de la fonction publique (pouvoir enfin recrutés ou muter les gens là où sont les besoins et réduire les effectifs là où ils sont légions et ne servent pas à grand chose). Cela permettrait en outre de recruter des gens diplômés, notamment des jeunes, pour effectuer des taches de haut niveau (donc augmenter le “niveau” de la fonction publique) et redorer l’image de la fonction publique qui est aujourd’hui assimilé à du fonctionnariat dans tout ce qu’il a de plus détestable.
  • Suppression des “vrais” paradis fiscaux (La City, Jersey, Singapour, etc…)
  • Reforme de la protection sociale!Chasse aux vrais fraudeurs (qui ne sont pas les assures) et montants punitifs.
  • Abolition des niches et exemptions.
  • évaluation des entreprises subsidiées par l’état, clause de retour sur subside en terme d’emploi sur la durée et sans emplois précaires repris dans l’évaluation évidemment
  • Remise à plat des tranches d’imposition, proportionnelles aux revenus
  • Baisse des salaires des hauts fonctionnaires,
  • Augmentation des tranches d’impôts avec une taxe totale au delà des 360 000 € Annuels,
  • Refonte du système fiscal, avec une nouvelle tranche d’imposition pour les forts revenus avec suppression des niches fiscales.

F : ENCADREMENT DU POLITIQUE

  • Suppression des cumuls des mandats.
  • Plafonnement des indemnités à 10 000 euros. Rémunération aux résultats obtenus.
  • Suppression des privilèges et objets de fonction (voitures, garde du corps…).
  • On oblige tous les politiques dont on a des preuves qu’ils ont fait ou dit n’importe quoi à porter un bonnet d’âne dans toutes leurs interventions télé, en cas de récidive , on passe au nez de clown
  • Fin des privilèges pour les fonctionnaires qui travaillent au Sénat/Assemblée (ex: primes de nuit alors que les dites personnes ne travaillent pas).
  • “Contrôle des pouvoirs” avec des organes de délibération et de rotation des rôles avec Etienne Chouard et Patrick Viveret ;
  • Revoir l’organisation des collectivités publiques et le couplage désastreux commune-collectivité de communes-département région-etat pour faire des économies.
  • Refondre la politique des aides sociales. Montrer l’exemple en diminuant le salaire de nos élus de 30% vu qu’ils ne font que parler et se tirer dans les pattes, un forfait au parler utile, des politiques RH chez les politiques?

G : EDUCATION

  • On commence déjà par former des citoyens et non des consommateurs à l’école nationale.
  • Rendre l’économie - la science - un peu moins rébarbative en expliquant, et les notions de performance sont remplacées par la notion de participation et de satisfaction.On lance la campagne “Ben oui qu’on peut, et même en mieux”
  • Eduquer la France au budget. A l’école, dans les ministères, dans les villes et villages de France et de Navarre. Budgets prévus, budget actuels, déviations, vision a long terme (au delà d’un mandat)
  • Réécrire les méthodes d’éducation de nos enfants et ne pas leur donner des mauvais exemples dans notre vie de tous les jours : un jour j’ai dit à mon Boss : “un bon manager est quelqu’un qui a déjà su éduquer ses enfants” : tes enfants te respectent à partir du moment où toi-même : tu les respectes

H : POLITIQUE DE L’EMPLOI

  • Réintroduction de l’échelle mobile des salaires qui indexe les salaires sur l’inflation.
  • Fin du remboursement fiscal des voitures de société,
  • Déductibilité augmentée pour entreprises à fort taux d’emploi des femmes (à salaire égal) et minorités “visibles”,
  • Mise en place d’un plan d’emploi des +50ans en parallèle avec la formation de jeunes (impossible sans synergie emploi-finances),
  • De vraies sanctions aux entreprises qui licencient malgré leurs fortes prises bénéficiaires,
  • “facilitation” des lois fiscales aux entreprises de moins de 50 personnes pour localiser l’emploi et donc le pouvoir d’achat,
  • contrat de travail unique à durée indéterminée,
  • statut unique coopératif des sociétés (à commencer par les sociétés de presse),
  • cessation progressive d’activité pour tous,
  • âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie,
  • salaire moyen comme minimum retraite
  • Découpage des titres et diplômes en modules à passer tout au long de l’année, tout au long de la vie.
  • Revoir la rémunération des patrons en fonction de l’amélioration de leurs performances dans le climat social (pourquoi pas?) 10 semaines de congés payés dont 5 à se former.
  • études payantes interdites.
  • salaire étudiant.

I : CULTURE DE SOCIETE

  • Ne plus baser l’économie sur la croissance mais sur le bien être des gens.
  • Avec une plus forte localisation des échanges économiques on parvient en corollaire à réinstaurer la notion de dignité qui règne toujours aujourd’hui là où la finance n’a pas pris l’ampleur qu’on connait en Occident, on achèterait à quelqu’un et plus juste “quelque chose”.
  • Arrêter le matraquage publicitaire et éduquer les enfants. travail sur plusieurs générations
  • Malencontreuse panne de télé pendant quelques temps
  • On arrête de faire croire que plus de croissance = plus de richesses = plus de bonheur.
  • Dire la vérité : la croissance exponentielle sans limite est impossible limitation de la publicité (quotas passage tv/radio, plus de panneaux, interdiction dans les journaux).
  • Affichage de la marge.
  • bouteilles/emballages obligatoirement recyclables,
  • limiter le temps de cerveau disponible en interdisant la télé avant la maturité intellectuelle.
  • conditionnement des denrées réglementé et taxé (plus on s’éloigne du produit de première nécessité, plus on taxe).
  • Il faudrait obliger les gens à lire au moins un livre par mois :)
  • On instaure un revenu d’existence avec Francois Plassard ;
  • Indépendance des éditeurs…
  • Revenir aux ideaux du CNR.
  • Réintroduire le respect dans les relations avec autrui,
  • Tenter de ne pas prêcher qu’aux convaincus - c’est le plus dur
  • Trouver un mot federateur (sexy ?) pour parler de décroissance
  • toutes les mesures que nous avons évoqués précédemment s’imbriquent les unes dans les autres : une meilleure répartition des richesse conduirait les gens à être beaucoup plus cultivé > un peuple cultivé a soif de connaissance, les abonnements aux différents journaux seront boostés, idem pour les livres

J : STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT

  • Les bénéfices tirés de ces mesures doivent être redistribués dans l’éducation, la santé, la culture; feraient ressentir aux “gens” ce qu’est le “vrai bien-être”
  • création d’un salaire minimum à 10KE/ mois pour les métiers de la vie et l’éducation..
  • renverser les priorités et le recrutement des talents vers le secteur de l’enseignement et de la vie : les profs et les médecins mieux payés qu’un trader et un direct makrtg !
  • On crée un comité de” Debut-ance” pour veiller à ce que la Fin-ance ne soit pas une fin en soi… mais bien au service de la création, avec @Claude Perrigaud ;
  • information sous forme de service public indépendant
  • Utilisation de l’epargne des français (qui est l’une des plus importante du monde) aux financement de grands projects stratégiques plutôt que de laisser les assureurs gèrent l’épargne des français en allant spéculer sur les matières premières par ex
  • on fixe de grands chantiers de développement avec le CESE et Anne de Béthencourt ;
  • on organise de nouveaux cadres juridique pour favoriser l’innovation sociale avec Anne Laure Brun Buisson ;
  • on lance des plans d’expérimentations “evidence based policy” avec Arnaud Riegert ;
  • on se donne des rendez-vous annuels pour des évaluations/délibérations… en remettant le débat publique au centre. ON S’ASSUME
  • Trouver son secteur de développement et investir (je vois principalement les services a un niveau européen, mais pas seulement l’industrie des services, dans la maitrise et la gestion des demandes d’energie via les smart grids and so on)
  • Faire pression sur le ministère de la défense et les Affaires étrangères, pour que l’on réduise notre engagement dans des conflits avec lequel nous n’avons aucun intérêt stratégique ni politique (ou plutôt qui salisse notre image).
  • dossier médical électronique individuel crypté, sécurité sociale universelle, suppression des mutuelles

Last but not least (avec vos mots)

  • si tu peux évites le protectionnisme, c’est juste une mesure immédiatement populaire qui torpille toute entente entre les états or c’est se tirer une balle dans le pied au final…
  • maitriser le travail des hommes de terrain (les respecter) 
  • maitriser les normes comptables pour ne pas se laisser balader
Les barbares sont à la porte

Ma chronique du 5 juillet 2011

C’était la fête nationale aux Etats-Unis hier, c’était l’independence day, et c’était probablement une fête pleine de désarroi. Car qu’est ce que cela veut dire le jour de l’indépendance aujourd’hui ? Une très grande partie de la population, avec ses biens immobiliers qui ne valent plus rien et ses emplois qui n’existent plus, s’enfonce un peu plus dans le déclassement et la pauvreté. Les Pères fondateurs se sont battus pour se débarrasser du joug de la monarchie britannique. En 2011, il s’agit probablement de se libérer du joug de la dette. Et de fait, il y a eu une personne pour rédiger cette déclaration d’indépendance là.

Le Minnesota, un Etat grand comme la moitié de la France, sait de quoi il en retourne. Le Gouverneur Mark Dayton vient de procéder à la fermeture de certaines administrations. Républicains et Démocrates s’écharpent sur le type d’économie à faire et il manque toujours 5 milliards de dollars. Vingt trois milles fonctionnaires ont été renvoyé chez eux, vendredi matin ; parcs nationaux et centres d’hébergement d’urgence ont été fermés et l’ancienne maison du gouverneur a été incendiée. Pourtant le Minnesota, c’est une broutille par rapport à ce qui va se jouer pendant l’été au niveau fédéral, au niveau de la faillite de fédérale. On va batailler pour colmater la brèche et puis après ?

C’est un peu comme en Grèce. Le plan voté par le Parlement la semaine dernière n’est pas l’amorce d’une solution à l’endettement du pays. On sait depuis hier soir qu’il est d’ailleurs incapable de tenir son engagement de réduction des dépenses … sur son premier mois. Non, le vote du plan d’austérité imposé par la Troika au peuple grec n’est pas une solution à l’endettement. Si les marchés ont applaudi en repartant à la hausse, c’est qu’ils ont été rassuré sur un seul point : leur propre pouvoir.

Dans Le Monde ce week end, Amartya Sen, le prix Nobel d’économie en 1998 prévient : « il est très affligeant que l’on soit aussi peu inquiet du danger qui menace aujourd’hui le régime démocratique de l’Europe, lequel se manifeste insidieusement par la priorité donnée aux impératifs financiers. »

Le plan semble en marche. Ce week end à nouveau, une fois le vote avalisé, Jean-Claude Junker, Premier ministre du Luxembourg et président de l’Eurogroup n’a pas maché ses mots : avec les privatisations, « la souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte ».

Nous sommes à un point de basculement : nous enfoncer, politiques d’austérité en bandouillère, vers un capitalisme encore plus débridé conduisant probablement à l’instauration d’une supra-souveraineté, imposée donc, comme en Grèce, par le dictat économique; OU… ou… quoi ? c’est la question.

Constantin Cavafy, poète grec du 20ème siècle, avait tout vu. De fait, fonctionnaire, journaliste et courtier à la bourse il était bien placé pour connaître les arcanes du pouvoir. Son poème, « En attendant les barbares », a été traduit par Marguerite Yourcenar.

Qu’attendons-nous, rassemblés sur l’agora ?

On dit que les Barbares seront là aujourd’hui.

Pourquoi cette léthargie, au Sénat ? Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui. À quoi bon faire des lois à présent ? Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

Pourquoi notre empereur s’est-il levé si tôt ? Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville, solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne ?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui et que notre empereur attend d’acceuillir leur chef. Il a même préparé un parchemin à lui remettre, où sont conférés nombreux titres et nombreuses dignités. (…)

Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l’ordinaire prononcer leurs discours et dire leurs mots?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui et que l’éloquence et les idées les dérangent.

La Grèce est entrain de vivre une « apocalypse », au sens premier du mot, qui signifie, en grec justement, « mise à nu », « levée de voile », « révélation ». La lutte des classes s’est déplacée : c’est le peuple contre le pouvoir financier. Les barbares sont à la porte. On peut raconter ce que l’on veut : on ne résoudra pas un problème de civilisation à coup de politiques d’austérité.

Dette, climat : ça sent l’affolement

Ma chronique sur France Culture du 21 juin 2011

Dans la série, pour régler les problèmes du monde, j’agite ma baguette magique, voici venue la géo-ingénierie. Il s’agit, miracle de la science, de combattre le changement climatique par des solutions technologiques. C’est vrai ça, après tout, pourquoi s’enquiquiner à changer nos comportements, la voiture, la chaudière, pourquoi prendre des douches, arrêter la viande, le made in China et les bouteilles en plastique quand tout peut être résolu par la technologie. Elle est pas belle la vie ? Un coup de géo-ingénierie et ça repart !

Il y aura une bonne douzaine de solutions miracles qui excitent scientifiques et businessmen. Car c’est comme avec la dette, si pour une très large majorité le dérèglement climatique est une catastrophe, pour une poignée de lascards, la catastrophe c’est une opportunité d’affaire en or. Pensez donc : et si on injectait des sulfates dans l’atmosphère pour la refroidir. Et si on blanchissait les nuages pour qu’ils absorbent mieux les rayons solaires ? Mieux, et si ceux-ci étaient stoppés net par un miroir géant en équilibre (à un point de Lagrange) dans l’atmosphère ? Et pour se débarrasser du CO2, si on construisait des tours géantes, sortes de cheminée montant jusqu’au ciel pour le rejeter très très loin de notre toute petite planète ? Alors magie ou pur délire ? Je vous laisse choisir.

Car voilà autant d’idées sur lesquelles planchent une soixantaine de chercheurs et de politiques du GIEC réunis ces jours-ci à Lima. Le GIEC, c’est l’organe inter-gouvernemental d’évaluation des informations scientifiques, technologiques et socio-économiques sur le climat. Une entité, qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 2006 avec Al Gore mais dont la crédibilité a été lourdement entachée par son manque de rigueur et des soupçons de collusion. Le GIEC avait d’ailleurs rejeté en bloc la géo-ingénierie dans son dernier rapport en 2007. Mais voilà, le temps presse et les comportements eux, individuels et collectifs ne changent pas. Pour Christina Figueras, Madame climat à l’ONU, « nous rentrons dans un territoire effrayant » : les émissions de CO2 continuent d’augmenter (+5 en 2010, selon l’Agence Internationale de l’énergie) malgré les promesses et engagements. Les politiques de réduction d’émission de gaz à effets de serre ne fonctionnent pas. Alors quand un accord politique ne peut se faire, contre l’inertie humaine il reste le sacro-saint progrès technique. Peu importe que personne n’ait étudié les couts, effets secondaires, risques et même efficacité de ces solutions. A Lima, le GIEC va expédier cela en deux jours chrono comme il expédiera la question de la gouvernance de ces solutions et déséquilibres géopolitiques potentiels. Cela sent méchamment l’affolement. Ultime déni tout en haut du précipice : pour sauver le monde Bah… il doit bien y avoir un appli Iphone non ?

Mais pourquoi alors que le sort de la Grèce mettrait en péril l’économie mondiale, acculant, par effet domino, l’Euro et l’Europe à l’implosion, pourquoi vous parler de panneaux solaires géants et autres dioxide de souffre ? Parce que précisément, c’est la même chose, le même renoncement. D’un côté, on veut régler le problème de la dette grecque avec plus de dette. De l’autre, on veut régler le problème du dérèglement climatique, lié en grande partie, au formidable essor de la technique, avec plus technique. Et dans les deux cas, on va créer de nouveaux problèmes, une situation de moins en moins compréhensible ou tenable. Deus ex machina.

En climat comme ailleurs, les gouvernements vont déballer l’artillerie, les artifices, les planches à billets qui illusionnent, les cures d’austérité qui achèvent. Tout, au fond, sauf dire que l’on a eu tort, que l’on s’est trompé. Tout, au fond sauf revenir sur cette idéologie du no limit, après moi le déluge, après moi l’enfer. Tout au fond sauf admettre que l’on est au bout d’une logique, d’un système mortifère qui confond toujours plus et toujours mieux. Tout au fond sauf dire qu’il y a peut être une alternative mais qu’elle coûte cher. Surtout politiquement.

Les pépins de la colère

Ma chronique sur France Culture du 31 mai 2011

Je ne sais pas si vous avez vu ces images de pastèques qui se mettent à exploser. Tout à coup, des morceaux d’écorce ou de chair volent tandis que le reste du fruit agonise, se dévidant de son sucre et de ses pépins bizarrement blancs. Cela se passe en Chine suite à l’utilisation, par des agriculteurs sous pression de rendement, d’un accélérateur de croissance, le forchlorfenuron, une substance chimique parfaitement légale. Il y a dans ces images de pastèques bombesques quelque chose d’éminemment, comment dire… émouvant et familier. Je m’explique.

Chaque jour, les citoyens européens grossissent les rangs de ce mouvement des « indignés », en Espagne, Italie, France et en Grèce. Depuis mercredi dernier, à Athènes, des manifestants occupent la place de Syntagma, en face du Parlement. Dimanche, il y aurait eu jusqu’à 100 000 personnes. Elles avaient manifesté il y a un an contre la cure d’austérité imposée par la Banque Centrale Européenne, l’Europe et le FMI en l’échange du premier prêt de 110 milliards d’euros. Cela n’a pas suffit. A 26% le taux d’intérêt à deux ans, la Grèce ne peut se financer sur les marchés. Le pays a deux options : le renflouement par ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la Troika (UE, FMI, BCE), ou le défaut de paiement, la faillite. Celle-ci aurait des répercussions démentielles au sens d’imprévisibles. Quand une personne ou une entreprise fait faillite, il y a des lois, une procédure ; mais dans le cas grec, le cas d’un pays, on est dans le no man’s land.

La dite Troika pose donc ses conditions pour un nouveau prêt : privatisation express - et donc à la casse - des entreprises publiques lesquelles elles, seraient plutôt en bonne santé. On dit que les vautours tournent dans le ciel de l’Acropole : Deutsche Telecom lorgnerait sur OTE, le France Telecom local, le PMU convoiterait son alter ego grec. Même les iles et les plages seraient à vendre. Pour le Financial Times, il s’agit d’une annexion économique d’un pays. Mais cette manœuvre inédite en démocratie ne fait que reporter le problème. Car au fond, aujourd’hui, demain, après demain qui va payer ? Personne ne sait. Peter Sloterdijk dans le Monde ce week end ne le disait pas autrement : « le créditisme » (notre civilisation basée sur le crédit comme capacité d’amener à un avenir tenable), le créditisme - que personnellement je rapprocherais assez volontiers du crétinisme - est entré dans une crise finale : la promesse du remboursement sur laquelle repose le sérieux de notre construction du monde ne peut être tenue ».

Place Syntagma des manifestants campent signifiant que leur pays n’est pas à vendre. Rappelons d’ailleurs que la décision de se mettre ou pas en faillite appartient aux grecs, pas à la Troika. Pour l’heure, les politiques décrédibilisent les revendications populaires à coup de commentaires parternalo-complaisants, du type de celui du Premier Ministre grec Theodoros Pangalos à savoir : « c’est un mouvement sans idéologie ni organisation qui se base sur un seul sentiment : la rage ».

Et alors ? Réduire le mouvement d’indignation à une poussée fièvre adolescente, évacuer les rassemblements à la Bastille ou à Barcelone ne règleront pas le problème. La bonne colère dit Aristote, c’est le sentiment qui accompagne le désir de justice. Cela commence probablement par l’idée de se réapproprier son destin. A ce sujet, grecs comme espagnols ne manquent pas de propositions comme, outre le départ du FMI, la levée de l’immunité parlementaire et la création d’une commission d’enquête sur la dette souveraine. On comprend que cela n’est pas confortable pour tout le monde. Car qu’est-ce qui pose vraiment problème ? L’emprise de la finance ou l’incapacité des politiques à faire primer l’intérêt général ?

Ne nous méprenons pas : nos pays sont des grosses pastèques shootées à l’accélérateur de croissance, à savoir, la dette poudre aux yeux et à la consommation sèche-pleurs. Et dans l’affaire, c’est nous les pépins. Blancs de rage. Et peut-être pas si crétins.